Band 
Tome trente-deuxième.
Seite
935
JPEG-Download
 

T E M

qu’il soit indéfini ou aoriste , termes qui,avec un sens très-clair , ne paraissent pasappliqués ici d’une maniéré trop précise.Laissons-les disputer sur ce qui les divise,& profitons de ce dont ils conviennent furl’emploi de ce temps ; ils font d cet égarddes témoins irrécusables de fa valeur usuelle.Or , en le regardant comme un prétérit ,tous les Grammairiens conviennent qu’iln’exprime que les choses paílées dans. unpériode de temps antérieur à celui danslequel on parle.

Cet aveu combiné avec le principe fon-damental de la notion des temps , suffitpour décider la question. II faut considérerdans les temps, i°. une relation généraled’existence à un terme de comparaison ;2°. le terme même de comparaison. C’esten vertu de la relation générale d’existencequ’un temps est présent, prétérit ou futur ,selon qu’il exprime la simultanéité, l’an-tériorité ou la postériorité d’exsstcnce ; c’estpar la manière d’envisager le terme , ousous un point de vue généra! & indéfini ,ou fous un point de vue spécial & déter-miné, que ce temps est indéfini ou défini ;& c’est par la position déterminée du terme,qu’un temps défini est actuel , antérieur oupostérieur, selon que le terme a Iui-mêmel’un de ces rapports au moment de l’actede la parole.

Or , 1 c temps dont il s’agît , a pourterme de comparaison , non une époqueinílantanée , mais un période de temps :ce période, dit-on , doit être antérieur àcelui dans lequel on parle ; par conséquentc’est un temps qui est de la clastò des dé-finis , & entre ceux-ci il est de Tordre destemps antérieurs. II reste donc à déter-miner l’espece générale de rapport que cetemps exprime relativement à ce périodeantérieur : mais il est évident qu’il exprimela simultanéité d’existence , puisqu’il dési-gne la chose comme passée dans ce période,&non avant ce période; je lus hiervotrelettre , c’est à-dire , que mon action de lireétoit simultanée avec le jour d’hier. Cetempsest donc cn effet un présent antérieur.

On sent bien qu’il différé assez du pre-mier pour n’ètre pas confondu fous lemême nom ; c’est par le terme de com-paraison qu’ils diffèrent, & c’est delà qu’il

T E M

convient de tirer la différence de leurs dé-nominations. Je diffois donc que j'étois ,je louois , f admirais font au présent an-térieur fimple , & que je /us , je louai ,

j’admirai font au présent antérieur pério-dique.

Je ne doute pas que plusieurs nc re-gardent comme un paradoxe , de placerparmi les présens , ce temps que Ton atoujours regardé comme un prétérit. Certeopinion peut néanmoins compter fur lesuffrage d’un grand peuple , & trouver unfondement dans une langue plus ancienneque les nôtres. La langue allemande , quin’a point de présent antérieur périodique ,se sert du présent antérieur simple pourexprimer la même idée : ickwar ( j’étoisou je fus ) ; c’est ainsi qu’on le trouve dansla conjugaison du verbe auxiliaire Jej/i( être ) , de la grammaire allemande de M.Gottsehed par M. Quand ( édit. de Paris ,

1 754. ck. vij. pag. 4?. ) ; &z fauteur pré-voyant bien que cela peut surprendre , ditexpressément dans une note , que l’impar-iait exprime en même temps en allemandle prétérit & Timparfait des françois. II estaisé de s’en appercevoir dans la maniéréde parler des Allemands qui ne font pasencore assez maîtres de notre langue :presque par-tout ou nous employons leprésent antérieur périodique , ils se serventdu présent antérieur simple, &c disent,par exemple , je le trouvois hier en che-mi n , je lui demandois où il va , je noyoisqu il s embarrasse , au lieu de dire , je letrouvai hier en chemin , je lui demandaioù il alloit, je vis qu'il s’emiarrajsoit :c’est !e germanisme qui perce à-travers Jesmots françois, & qui dépose que nos ver-bes je trouvai , je demandai , je vis fonten estes de la même classe que ,je trouvois ,je demandais , je voyois. Les Allemands,nos voisins &: nos contemporains, & peut-être nos peres ou nos ireres , en fait delangage , ont mieux saisi l’idce caractéris-tique de notre présent antérieur périodi-que , l’idée de simultanéité , que ceux deNOS méthodistes françois qui se sont atta-ch& servilement à la grammaire latine .plutôt que de coníulter l’ufage , à qui seulappartient la législation grammaticale. I nlangue angloffe est encore dans le même