PRÉFACE.
V
lettres était pire, reconnaissons-le, qu’elle ne l’estde nos jours; et quand on pense que ce sont]leslettres, à cette époque surtout dépendantes, lasociété d’alors n’ayant pas môme admis que leurtravail pût constituer une propriété, les lettres quivivaient du bon vouloir de quelques grands sei-gneurs, du bon plaisir des rois, je dis les lettres lesplus hautes, quand on pense, dis-je, que ce sontces servantes, ces mercenaires sublimes qui ontaffranchi le monde et tiré des entrailles mêmes deleur servitude la liberté delà pensée, on est obligéde reconnaître que la plume est pourtant une armeglorieuse et puissante entre toutes.
Hélas! elles onttout affranchi, honnis elles-mêmes.Ce qu’on opprime avant tout aux heures mau-vaises, ce sont ces lettres, le salut de l'humanité.
Dans nos sociétés fondées sur la propriété, pourne parler que d’une des iniquités que subissent leslettres, on n’a point voulu admettre encore que lapropriété littéraire fût une véritable propriété (1).
On a euraison peut-être. A notre époque où l’argent,c’est souvent le pouvoir, et presque la noblesse,conviendrait-il que le banquier opulent fût pauvreà coté du descendant de Molière, de Corneille, deRacine, et que la propriété des Contes de fées dePerrault rapportât plus à ses possesseurs que telleusine célèbre?
Ghamfort est né dans un temps où l'homme quinaissait avec du talent devait reconnaître avant
(i) Il y a dix moyen» pratiques d’une grande simplicité pourassurer à l’homme de lettres et à se9 héritiers le fruit de ses tra-vaux, sans laisser néanmoins à ceux-ci le pouvoir d’enfouir lespropriétés que l’auteur leur aurait transmises.