MAXIMES ET PENSEES.
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malheureux que nos passions ; et on peut dire del’homme, quand il est dans ce cas, que e’est unmalade empoisonné par son médecin.
Le moment où l’on perd les illusions, lespassions de la jeunesse, laisse souvent des re-grets ; mais quelquefois on hait le prestige quinous a trompés. C’est Armide qui brûle e( détruitle palais où elle fut enchantée. .j.
Les médecins et le commun des hommesne voient pas plus clair les uns que les autresdans les maladies et dans l’intérieur du corpshumain. Ce sont tous des aveugles ; mais les mé-decins sont des quinze-vingts qui connaissentmieux les rues, et qui se firent mieux d’afïaire.
Vous demandez comment on fait fortune.Voyez ce qui se passe au parterre d’un spectacle,le jour où il y a foule ; comme les uns restent enarriére, comme les premiers reculent, commeles derniers sont, portés en avant. Cette imageest si juste, que le mot qui l’exprime a passé dansle langage du peuple. Il appelle faire fortune sepousser. « Mon fils, mon neveu se poussera. » Leshonnêtes gens disent s'avancer, avancer, arriver,termes adoucis qui écartent l’idée accessoire deforce, de violence, de grossièreté, mais qui lais-sent subsister l’idée principale.
Au lieu de vouloir corriger les hommes decertains travers insupportables à la société, il