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ESPRIT DE CIIAMFORT.
l’État, et on l’a tout simplement appelé le trésorroyal.
Le litre le plus respectable de la noblessefrançaise, c’est de descendre immédiatement dequelques-uns de ces .trente mille hommes cas-qués, cuirassés, brassardés, cuissardés, qui, surde grands chevaux bardés de fer, foulaient auxpieds huit ou neuf millions d’hommes nus, quisont les ancêtres de la nation actuelle. Voilà undroit bien avéré à l’amour et au respect de leursdescendants! e(, pour achever de rendre cettenoblesse respectable, elle se recrute et se régé-nère par l’adoption de ces hommes qui ont accruleur fortune en dépouillant la cabane du pauvrehors d’état de payer les impositions. Misérablesinstitutions humaines, qui, faites pour inspirerle mépris et l’horreur, exigent qu’on les respecteet qu’on les révère !
La nécessité d’être gentilhomme, pour êtrecapitaine de vaisseau, est tout aussi raisonnableque celle d’être secrétaire du roi pour être mate-telot ou mousse.
Cette impossibilité d’arriver aux grandesplaces, à moins que d’être gentilhomme, est unedes absurdités les plus funestes dans presquetous les pays. Il me semble voir des ânesdéfendre les carrousels et les tournois aux che-vaux.