MAXIMES ET PENSÉES.
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dont il s’agit, ne peut presque jamais se diretout haut sans de grands dangers ou d’extrêmesinconvénients.
,*, Dans l’instant où Dieu créa le monde, lemouvement du chaos dut faire trouver le chaosplus désordonné que lorsqu’il reposait dans undésordre paisible. C’est ainsi que, chez nous,l’embarras d’une société qui se réorganise doitparaître l’excès du désordre.
Les courtisans et ceux qui vivaient desabus monstrueux qui écrasaient la France sontsans cesse à dire qu’on pouvait réformer les abussans détruire comme on a détruit. Ils auraientbien voulu qu’on nettoyât l’étable d’Augias avecun plumeau.
Dans l’ancien régime, un philosophe écri-vait des vérités hardies. Un de ces hommes quela naissance ou des circonstances favorables ap-pelaient aux places, lisait ces vérités, les affai-blissait, les modifiait, en prenait un vingtième,passait pour un homme inquiétant, mais pour unhomme d’esprit. Il tempérait son zèle et parve-nait à tout : le philosophe était mis à la Bastille.Dans le régime nouveau, c’est le philosophe quiparvient à tout; ses idées lui servent, non plusà se faire enfermer, non plus à déboucher l'es-prit d’un sot, à le placer, mais à parvenir lui-mème aux places. Jugez comme la foule de ceux