CARACTÈRES ET ANECDOTES. 157
« Ali ! mon Dieu ! s’écria le marquis, je suisperdu. » Madame de Motleville, surprise de cetleexclamation, lui dit : «Je savais bien que vousétiez des amis de M. le prince; mais j’ignoraisque vous tussiez son ami à ce point. — Com-ment! dit le marquis de Villequier, ne voyez-vous pas que celte exécution me regardait; et,puisqu’on ne m’a point employé, n’cst-il pasclair qu’on n’a nulle confiance en moi?» Madamede Mottcville, indignée, lui répondit : « 11 mesemble que, n’ayant point donné lieu à la courde soupçonner votre fidélité, vous devriez n’avoirpoint cette inquiétude, et jouir tranquillementdu plaisir de n’avoir point mis votre ami en pri-son. » Villequier fut honteux du premier mouve-ment qui avait trahi la bassesse de son âme.
On annonça, dans une maison où soupaitmadame d’Egmont, un homme qui s’appelaitDuguesclin. A ce nom, son imagination s’allume ;elle fait mettre cet homme à table à côté d’elle,lui fait mille politesses, et enfin lui offre du platqu’elle avait devant elle (c’étaient des truffes) :« Madame, répond le sot, il n’en faut pas à côtéde vous.—A ce ton, dit-elle en contant cette his-toire, j’eus grand regret à mes honnêtetés. Je fiscomme ce dauphin qui, dans le naufrage, d’unvaisseau, crut sauver un homme, et le rejeta àla mer en voyant que c’était un singe. »
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