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ESPRIT DE CHAMFORT.
pie, répondit : « Elle l’est pour le mal autant quepour le bien. — Comment? —Le voici : j’ai tou-jours très-bien traité les filles : il y en a une queje néglige; elle devient reine de France, ou àpeu près. J’ai traité à merveille tous les inspec-teurs ; je leur ai prodigué l’or et les honneurs :il y en a un extrêmement méprisé que je (raitclégèrement ; il devient ministre de la guerre ;c’est M. de Monteynard. Les ambassadeurs, onsait ce que j’ai fait pour eux sans exception, hor-mis un seul : mais il y en a un qui a le travaillent et lourd, que tous les autres méprisent,qu’ils ne veulent plus voir à cause d’un ridiculemariage: c’est M. deVergennes; et il devientministre des affaires étrangères. Convenez quej’ai des raisons de dire que mon étoile est aussiextraordinaire en mal qu’en bien.»
Le maréchal de Noailles disait beaucoupde mal d’une tragédie nouvelle. On lui dit :« Mais M. d’Aumont, dans la loge duquel vousl’avez entendue, prétend qu’elle vous a fait pleu-rer. — Moi! dit le maréchal, point du tout;mais, commeil pleuraitlui-mème dès la premièrescène, j’ai cru qu’il était honnête de prendrepart à sa douleur. »
„*, M. Th... me disait un jour qu’en général,dans la société, lorsqu'on avait fait quelque ac-tion honnête et courageuse par un motif digne
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