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ESPRIT DE CHAMFORT.
millions en tels effets : je vous fais présent dureste. » Le roi partageait ainsi avec le ministre,et, n’étant pas sûr que son successeur lui offritles mêmes facilités, gardait M. de Chôiseul mal-gré les intrigues de madame Dubarry.
M. Harris, fameux négociant de Londres,se trouvant à Paris dans le coursdel’année 1786,à l'époque de la signature du traité de commerce,disait à des Français : « Je crois que la Francen’y perdra un million sterling par an, que pen-dant les vingt-cinq ou trente premières années ;mais qu’ensuite la balance sera parfaitementégale. »
Le duc de Chôiseul avait grande envie deravoir les lettres qu’il avait écrites à M. de Ca-lonne dans l’affaire de M. de la Chalotais; maisil était dangereux de manifester ce désir. Celaproduisit une scène plaisante entre lui et M. deCalonne, qui tirait ces lettres d’un portefeuille,bien numérotées, les parcourait, et disait à chaquefois : « En voilà une bonne à brûler, » ou telleautre plaisanterie; M. de Chôiseul dissimulanttoujours l’importance qu’il y mettait, et M. doCalonne se divertissant de son embarras, et luidisant : « Si je ne fais pas une chose dangereusepour moi, cela m’ôte toutlepiquant de la scène. »Mais ce qu’il y eut de plus singulier, c’est queM. d’Aiguillon, l’ayant su, écrivit à M. de Ca-