Band 
Vol. 1.
Seite
25
JPEG-Download
 

AIGl'ES-MORTES.

AIGl’ES-MORTES.

AIGl'ES-MORTES.

tion en 1 81U, et les entreprencurs s’engageaientä les terminer de 1816 ä 1817; niais on s’estbornr jusqu’ici ä l’enlretien du Grau el du canal.Toutefois uiienouvcllesource de prosperile pourAigues-Morles fut creeeen18l1, par laclie-vement du canal de Beaucäire. V. Ikauc.iiKE.— Aigues-Morles n’a maintenanl un port qu’äl’aidc du canal appele la Grande-Robiiie; ilaboulit ä un chenal qui s avance de quelquesmell es dans la Mediterranee, et qui porte lenom de Grau d’Aigues-Mortes. La Robine a de40 ä 45 ni. de largeur et environ 3 m. de pro-fondeur dans le niiücu de son lit. Des cbausseesen lerre, revetues solidemenl, le bordent desdeux cöles. La profondeur de l’eau ä l’entreedu chenal cst d’euviron 4 m.

Vers la lin du malheureux regne de Char-les VI, les Bourguiguons, auxquels il ne reslaitplus dans le Languedoc que les places de Som-niieres et d’Aigues-Mortes, entreprirent de re-sister dans celle derniere ville au sencclial deBeaucaire, qui avait reru l’ordre d’en faire lesiege. La place, pourvue d’abondantes provi-sions et defendue par des remparts qui redou-taienl peu les assauts, tenait depuis plus de cinqmois, lorsque, dans une nuit de la fin de janvier1421, la garnison fut surprise par les assic-geants, auxquels s’etaient joints les habitants, etpassee au fil de l’epee. Les cadavres etaient sinombreux qu’on prit le parli, pour eviter lepernicieux effet de Ieur putrefaction, de les en-tasser sous des monceaux de sei, dans une destours de la ville, qui porle encore aujourd’huile nom de tour des Bourguiguons. C'est de laqu’est venue l’epithete de Bourguignon sale.—Apres la treve de Nice, Francois I er et Char-les-Quint eurent uneentrevueä Aigues-Mortes,en 1538. Dans les guerres de religion , cetteville passa plus d’une fois dela domination desreformes ä celle des catholiques; ces derniers yfurent presque tous egorges, et leurs inaisonslivrees au pillage par leurs adversuires, le 12janvier 1573. Apres la paix de 1576, les ealvi-liistes obtinrent Aigues-Mortes et Beaucairepour places de sürete. — Avant la rerolution,cette ville etait exempte de tous peages et im-pöts de ville et de province, de la taille, loge-nu ‘ nts de gens de guerre,etapes, reparations denvieres, cbaussees, cbemius,digues, etc.; eileavait en outre le droit de prendre tous les ansaux.sa ‘ ncs Pcccais, francs et quittes de tous' 0lt * ° Stelle, trente gros muids de sei, ou4,320 mmots. ’

Lors de la terrible inondation du mois d’oe-tobre 1840, la ville d’Aigues-Mortes servit deJ-efuge aiix habitants des faubourgs et descam-pagnes environnantes; on parvint ä se garantirentieremeut de l’invasion des eaux, en fermantles portes et en les terrassant, et la solidite desmtirs resista aux efforts de 1 eau, qui baiguaitles remparts jusqu’ä la hauteur de 3 m.

La ville d’Aigues-Morles est situee dans unecontree roarccageuse, non loin des importantessaliues de Peccais, a la jonction des cananx deBeaucaire, de la Radelle, du Bourgidou et de laCrandc-Roubine, par lequel eile communiqueä la Mediterranee. Elle est entourec de rem-

parts d’une belle Conservation, construits sur leplan de ceuxde la ville de Damiette. Leurfigurcest celle d’un parallelogramme rectangle,emousse sur l’un de ses angles, et dont la lon-gueur est de 545 m. 74c., et la largeur de 43 m.42 c. Batis en larges pierrcs taillees en bossage,les murs s’elevent a la hauteur d’environ 11m.Perces de meurtricres, garnis de mächicoulis,couronnes de crencaux, ils sont flanques dequinze tours, dont les unes sont carrees et ser-'ent seulemcnt de passage, et dont les autres,doubles et cylindriques, renferment des cliam-bres propres ä reeevoir des combattauts. Au-dessotis de celles-ci s’ouvrent de grandes portesen ogives, qui donnenl entree a la ville, oü l’ona I'ratique des coulisses interieurespour les fer-mer solidement au besoin. Pour completer ceSysteme antique de defense, on avait ereuse aupied des remparts un large fosse, actuellementcomble, et remplace, sous le mur meridional,par un terrassement qui recule l’Etang-de-la-Ville, et sert de promenade pendant l’hiver.—\ers l’angle emousse des remparts, dans la par-tie interieure, est assis le chäleau, vaste bäti-ment militairc, et ä l’exterieur, au milieu d’unmur circulaire, s’eleve la tour de Constance,dont la hauteur est de 29 m., le diametre de66, et dont les murs ont 2 m. 65 c. d’epaisseur;on penetre dans l’interieur par deux portesdoublees de fer, et roulant avec peine sur leursgonds. La se presentent deux vastes chambresvoötees et placees l’une au-dessus de l’autre.La premiere etait saus doute occupee par lagarnison, comme l’indique un four ereuse dansle mur ; dans la seconde, ou renfermait pele-mele les prisoimiers. L’une et l’autre ne sonteclairees que par l’etroite fente des meurtricres,el par une ouverture circulaire percee au mi-lieu de leurs volites. Un escalier obscur et tor-tueux, menagedans l’cpaisseur du mur, etmtinide mächicoulis qui plongent sur la porle d’en-tree, conduit ä la chambre superieure, et puisä la plate-forme de la tour. Cette plate-forme,enlnuree de creneaux, etait ä la fois un lieu dedefense et d’observation; eile servait en outreä retenir les eaux pluviales, qui de lä s’ecoulentdans une citerne praliquee dans le mur. Sur sesbords s’eleve une tourelle de 11 m. de hauteur,dont l’unique destination etait de soutenir lephare qui la couronne. Ce pliare, se trouvantainsi ä 40 m. au-dessus du so!, pouvait facile-ment, inalgre son cloigncment de la nier, ctreaperen par les navires, comme il le serait encoreaujourd’hui, si on le tenait allume.

Au commencement du xvm' siede, ä l’epo-que desastreuse oii lesCevennesetaient ravagees,devastecs comme un pays conquis par les bar-bares, la tour de Constance fut convertie enprison oü l’on enfermait les femmes et les en-fauts des camisards dont on etait parvenu ä s’em-parer, el oü plusicurs furent ouhliees pendantpres d’un demi-siccle. M. deBoufflers decritde la maniere suivante la visite qu’il fit ä la tourde Constance en 1768. « Je suivaisM. deBeau-veau dans une reconnaissance qu’il faisait surles cötcs du Languedoc. Notis arrivonsä Aigues-Mortes, au pied de la tour de Constance; nous

trouvons ä l’entree un concierge empresse qui,apres nous avoirconduits par des escaliers obs-curs et tortueux, nous ouvre ä grand bruit uneeffroyable porte, sur laquelle on croyait lirerinscription du Dante: Lasciate ognisperan-sa, 6 voi ch’intrate. — Les couleurs me man-quent pour peindre l’horreur d’un aspect auquelnos regards etaient si peu accoutumes : tableauaffreux et touchanl ä la fois, oü le degoüt ojou-tait encore ä l’interel!—Nous voyons unegrande salle ronde priveed’air et de jour; qua-torze femmes y languissaient dans la misere etdans les larmes: le commandant eut peine äcontenir son emotion; et, pour la premiere foissans doute, ces infortunees apercurent la com-passion sur un visage humain. Jelesvois encore,ä cette apparilion suliite, tomber toules ä la foisä ses pieds, les inonder de pleurs ; essayer desparoles, ne trouver que des sanglots; puis, en-bardies par nos consolations , raconter toutesensemble leurs eommuncs doulcurs. Helas! tontleur crime etait d’avoir etc elevees dans la memoreligion que Henri IV. La plus jeune de cesmartyres etait ägee de cinquante ans : eile enavait huit lorsqu’on l’avait arretee allant aupreche avec sa mere, et la punition durait en-core 1 » Les effroyables orgies de la regence et leparc aux cerfs contemporains de la tour deConstance!

Aux fortiGcations d’Aigues-Mortes se rattacheune tour, nommee tour Carbonniere, situee ämi-chemin de la chaussce qui conduit ä Psal-modi. Cette tour, bätie dans le meme style queles remparts, et ayant la meme origine, defen-dait l’approche de la ville; eile est ouverte enarceau pour le passage de la grande route , etfermee d’une double porte. — La tour deCous-tance et les remparts d’Aigues-Mortes ont etedesignes par l’autorile locale comme etant sus-ccptibles d’etre classes au nombre des monu-ments historiques.

Le climat de la ville d’Aigues-Mortes est loind’etre aussi meurtrier qu’on le croit generale-ment, et, depuis bien annees, il est rare qne l’ony compte un plus grand nombre de malades,proporlion gardee, que dans les loealites situeescomme eile au milieu d’un pays marecageux.Toutefois eile est exposce au vent du sud-est (lemarin), dont l’influence maligne engendre desfievres intermittentes qui exercent leurs ravagesdepuis le milieu de l’ote jusqu’ä la fin de l’au-tomne, mais qui nuisent plus ä la longevitequ’elles ne causent de mortalite. Si l’on consi-derel’espace compris dans les remparts, onpeutconjecturer qu’ä l’epoque de leur constructionla ville renfermait pres de 10,000 habitants; en1774, onn’y en comptait plusque 1,600; depuiscette epoque, la population s’est un peu aug-menlee, et s’eleve aujourd liuiä 3,393 habitants.Il s’en faut beaucoup que cette population oc-cupe toute l’enceinte des remparts. En diverslieux, les maisons ont fait place ä des jardins, ädescbampsIabourcs.Lcrestede la ville secom-pose de rues larges, tirees au cordeau, et bor-dees de maisons qui n’ont toutes qu’un seul etageau-dessus du rez-de-chaussee. Dans chaeunede ces maisons se trouve un puits, dont l’eau

4

t.