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AMIENS.
AMIENS.
AMIENS.
» Quiconque aura lenu devant lemoin despropos injurieux pour la commune, si !a com-mune en est informee, et que l'inculpe refu.sede rcpondre en justice, la commune , si eile lepeut, demolira sa maison, et ne lui pcrmettrapas d’habiter dans ses limites jusqu’ä ce qu’ilait donne salisfaction.
• Si quelqu’un attaque de paroles injurieusesle majeur datis l’exercice de sa juridiciion , samaison sera demolie, ou il pavera ran^on poursa maison en la misericorde des juges.
»Nul necauserani vexationsni troubles, soita ceux qui demeurent dans les limites de lacommune, soit aux marchands qui viendront äla ville avec lours denrees. Si quclqu’un ose lefaire, il sera repute violateur de la comniune,et justice sera faite sur sa personne et sur sesLiens.
» Si un membre de la commune enleve quel-que chose ä Tun de ses jures, il sera sotniue parle maire et les ecbevius de comparaitrc en pie-sence de la commune, et fera reparation sui-vant 1’arret descclievins. Si le vol aele eommispar quelqu’un qui ne soit pas de la commune,et que cel homme ait refuse de cornparatire enjustice dans les limites de la banlieue, la com-mune, apres l’avoir notifie aux gens du chateauou le coupabie a son douiicile, le saisira, si eilele peut, lui ou quelque chose qui lui appar-tieune, et le retiendra jusqu’a ce qu’il ait faitreparation.
» Quiconque aura blesse avec armes un deses jures, a moins qu’il ne se justifie par temoinset parserment, perdra le poing ou pavera neuflivres : six pour les fortifications de la ville etde la commune , et trois pour la rancon de sonpoing ; mais, s’il est incapablede payer, il aban-dounera son poing ä la misericorde de la com-mune. Si un homme qui n\*st pas de la com-linme frappe ou blesse quelqu’un de la com-mune, et refuse de eomparaitre en jugemenl, lacommune, si eile le peut, demolira sa maison;et, si eile parvient ä 1c saisir, justice sera failede lui par-devant le majeur et les ecbevius.
>» Quiconque aura donne ä Tun de ses juresles noms de sei f, niecreant, traiirc ou fripon ,payera vingt so!s d’amende.
» Si quelque membre de la commune a sciem-nient achete ou vendu quelque objet provenantde pillage, il le perdra, et sera lenu de le res-tituer aux depouilles, ä moins qu’etix-memesou leurs seigucurs n’aient forfait en quelquechose contre la commune.
» Dans les limites de la commune , on n’ad-meltra aucun champiou gage au combat contreTun de ses membres.
»En toute espece de cause, l’accusateur,Taccuse et les temoins s’expliqueront, s’ils leveqlent, par avocat,
» Tous ces articles, ainsi que les ordonnan-ces du majeur et de la commune, n’ont force deloi que de jure ä jure; il n’y a pas cgalite enjustice entre le jure et le non-jurc. »
La coustitutiou , etablie de commun nccordpar l’evequeet les bourgeois d'Amiens, ful sou-mise ä l’agrement des trois autres seigneurs,coinme parlics inieressees. Lc vidame, le moius
puissant des trois, y donna son approbation ,moyennant garanties pour es-unsdeses
droits et uue bonne rancon pour le reste. Maisle comte ne voulut enlendre a rien; il dit qu’ilmaiutiendrait jusqu’au dernier tous les Privile-ges de son title , et cnlraiua dans son parti lecbätelain de la grosse tour. Des lors il f entguerrc declaree entre ce paiii et cclui de la com-mune. Le comte d’Amiens elait Euguerrand deBovcs ou de Coucy, pere de Thomas de Marie.Afm de s’assurer un appui contre ce puissantadversaire, la commune eul recours au roi, et,par rentremise de son evcque, oUiut ä prixd’argent l’approbation, ou, suivanl le style ofü-ciel, l’oclroi de ses rcglemenls nmnteipaux.Quoique le noui du roi, inscrit en tele de lacharte d’Amiens, lui conferal la Icgitimile selonle droit public du royaume, Euguerrand n’entint nul compte, et, faisant marclier sur la villetont ce qu’il avait de Chevaliers et d’nrehers, ilentreprit d’eu rester inailre. Menares par desforces qui avaient sur eux la superiorile dela disciplioe, les bourgeois n’eurent d’uulreres-source que de se rccommander au fameuxThomas de Marie, qui alors elait en guerre avecson pere. A l’aide de ce secours, ils parvinrcnlä chasscr le comte de la ville et a le conlraindrede se reufermer dans la grosse tour, dont lechatelaiu, uomme Adam, luiouvrit les portes.Cette tour, qui elait d’une teile force qu’on Jajugeait imprenable, fut attaquee avec vigucurpar les bourgeois et par le roi de TranceCharles VI, venu a leur secours. Maigre ladiscipline des tioupcs royalem ct le devouementde la bourgeoisie, la tour du Chätillon gardasa roputation d’imprenable; le roi en leva lesiege, que les liabitants d’Amiens convcrtirenten blocus. Ce lut seulemcnt au bout de deuxans que les assieges rendirent la tour, qui futaussitol demolie et rasce.
La commune d’Amiens eut d’assez longsjours ; eile ne perdil que lentcnient et une a unescs ancienucs prerogatives. Supprimee par or-donnance de Philippe IV, eile lut rctablie parle memo roi eu iannee 1307, et, selon touteprobabiliU’jCefutsagramle ricbesse qui lasauva.Ou ne peut diro ä quelle somme d’argent monlale prix de son rctablissement ; mais on sait quepeu d’anuces apres il lui en coilta (i,000 livresune fois payees, et uue renle de 700 livres pourle racliat deünilif de lous ses droits. Des lorseile parcourut en paix le cercle entier de ladeslinee des vieillcs cunstitutions nuinieipales.L’eleclion du majeur et des vingt-qualre eclie-vius subsisla jiisquVu l’annt*e 1597, oii un editdu roi Henri IV reduisi* ä la fois le nombre etles Privileges de ces magistrals populaires. Lesanciens droits des comtes , dont la communeavait herile, lui lurent enleves avec la plusgrarnle parlie de ses revenus, ct la juridiciion deTechevinage fut hornee au petit ciiminel, auxdispides entre bourgeois,aux proces concernantla police des rues, les metiers, le Service du guetet le logement des gens de guerre. Toulelois,dans les ceremonies publiques, les insignes dela haute justice, du droit de vie et de mort,conlinuereut d’accoinpagncr, commc daus l’au-
cien temps, le maire et les echevins d'Amiens.Cos altnbuls d’uue puissanee qui n’elait plusconsistaient en deux glaives de forme antique,portes ä la main par deux ofüciers de la ville,qu’on designait, ä cause de leur empioi, par leterme provincial d 'espadrons.
C’est a Amiens que saint Louis, nomme ar-bitre par Henri III, roi d’Angleterre, et parles baruns de son royaume avec lesquels il elaiten quereile relativement aux Statuts d’Oxford ,pronon^a son jugentent sur Ja validite de cesStatuts. Saint Louis arnva ä Amiens au com-mencement de l’annee l"2G i, suivi de tonte sacour; il eutendit le roi d’Anglelerre et les ba-rons mecontents exposer leurs droits et leursgriefs; il npporta ä l’examcn des uns et autrescette attention et cette bonne loi dont il ne sedeparlait point, merne lorsqu’il s’agissait de sesinlerels les plus directs. « Apres avoir pleinc-ment enlendu, dit-il dans son pvononce , lespropositions, les defenses et les raLsons des par-ties; uous ctant assure que par les provisious, lesStatuts et les obligations d’Oxford , et par toutescelles qui en ont ete la suite, le droit et l’hon-neur royal ont souffert une grande diminu-tion ; qu’il en est rcswlic le trouble du royaume,la depression de l’Eglise, le pillage des per-sonnes taut ecclesiastiques que seculicres, lautiudigenes iju’etrangeres, et que de plus grandsdommages pourraient s’ensuivre encore. Ayantpris conseil des liomim s de bieu et des grands,au noui du Pere, du Fils, et du Saiat-Esprit,nous cassons et nous invalidons par notreprononce les susdites provisions, ordiuationset obligations , de quelque mauicre qu’ellessoient enlendues, uussi bien que tout ce quis’est fait enconscqucnce;d’aulant plus que nousvoyotis que le souverain pontife les a deja cas-sces et annulees par les leltres. Nous ordounonsque tout le roi et lesharons et les autres qui ontconsenti au presemt compromis, et sont obligesa robserver, s’en regardent coinme entierement(juilles et absous. » — Par les articlessuivants,Louis IX rend au roi d’Arigleterre la garde detoutes les planes fort es et la nomination ä tousles oflices de la couronne ; il rappelle les etran-gers, et les admet sur le menie pied ({ue les in-digenes a radministration du royaume; il reudau roi la pieinc jmissance etle lihre gouverne-ment de ses Etats, ajoutunt seulemeut (ju ilu'cntend poiut par cette ordonnance derogoraux privileges royaux, aux chnrlcs, aux ii-bencs, aux stat\its et aux louables coutumesd’Anglelerre, telles qu’elles exislaient avant lesprovisions d’Oxford, et il terminc cn invitnntle roi et les barons a se remettre toute olTeuserceiproque et a oublier Joule rancune. —Cellesenlence fut renduea Amiens le 23 janvier 12G4;eile a ete cclehtee par les hisloriens irancaiscommc un modele d’iinpartiabte.
C’esL dans l’eglise St-Nieolas , dont il nereste atKMins vestiges,qu’en J 195 Philippe Au-guste epou.sa Ingelberge , qu’il lit couronner lelendemain par Philippe de Champagne, arelie-veque de Keims. Ce fut a Amiens qu’au tPinpsdes expeditions pour la terre saiule les rois deFrance , d’Anglctcirc, d’Aragon, de Nuvarre