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NEUILLY-SUR-SEIXE.
NEUILLY-SUR-SEINE.
NEUILLY-SUR-SEINE.
irnmödiatement sans autre forme de proces, ettout rentra dans l’ordre. C’etait ainsi que l’onprocedait il y a moins d’un siecle— Quel-ques mois apres devait avoir lieu le voyage dela cour ä Compicgne, et l’usage etait que le roipassat par Paris pour s’y rendre. On lui fit en-tendre qu’il ne convenait point qu’il honorätdesa presence une vilie rebelle; pour en punir leshabitants, qui du reste n’en tcmoignerent au-cun cbagrin, on construisit ä la liäte le cheminqui de la route, de Versailles se dirige sur St-Denis , et qui a toujours eie appele depuis lecliemin de la Revolte.
C’est au toumant de ce chemin et de lagrande route de Neuilly qu’eut lieu la fatalecatastrophe qui occasionna la mort de S. A. R.le duc d’Ürleans.
Le 13 juillet 1842, ä midi, le duc d’Orleansdevait partir pour St-Ömer, oü S. A. R. devaitinspecter piusieurs regiments designes pour lecorps d’armee d’operations sur la Marne. Sesequipages etaient commandes , ses officiersetaient preis. Tont se disposait au pavillouMarsan pour ce voyage, apres lequel S. A. R.devait aller rejoindre M" ,e la duchesse d’Or-leans aux eaux de Plombieres. A ouze beuresle prince monta eu voiture pour aller a Neuillyfaire ses adieux au roi, ä la reine et a la fa-milieroyale. Arrive ä la hauteur de la Barrierede l’Eloile, le prince , qui etait seul dans savoiture, sur le siege de derriere de laquelleetait un domestique , remarqua que Tun deschevaux paraissait se tourmenter; il avertit lepostillon , qui d’abord relint le cbeval , maisbientöt n’en fut plus maitre. Le second cheval,le portenr, excile par les allures vives et inipa-tientesdu cheval sous la main, commenea aussiä s’animer, et au moment oü l’equipage par-vint au toumant du cliemin de la Revolte et deravenue de Neuilly, en face de la porte Mail-lot , le postillon dut employer toutes ses forcespour eontenir l’attelage. « Vos chevaux s’em-portent! » cria le duc d’Orleans ; et commc lepostillon se consumait en eflorts inutiles pourles retenir, le prince royal renouvela deux foiscet avis en se penchant hors de la voiture.
Cependant le danger devenait de plus en plusimminent, et les chevaux lances ä toute voleemenaoaieut de precipiter la voiture dans lefosse qui fait face ä l’extremite du chemin dela Revolte.
Il parait qu’en ce moment, tandis que leduc d’Orleans etait debout, un clioc irresistiblele Ianca hors de la voiture avec une epouvan-table violence. Le prince tomba sur la töte , etse fractura la partie postörieure du crane d’uneoreille ä l’autre, jusqu’ä l’os frontal, qui etaitpresque entierement detache de la töte.
Releve aussitöt par les temoins de sa döplo-rable chute , le prince royal fut transporte dansla maison la plus proche, qui se trouva ötrecelle d’un marchand epicier, chemin de la Re-volte , 6.
Au moment oii il avait etc releve, sur letlieätre möme de rövenement, le prince avaitperdu connaissance; on s’enquit aussitöt d’unxncdecin qui put lui donner les premiers se-
cours; tandis que l’on courait a Paris et äNeuilly prevcnir les hommes de Part attachesau chäteau , trois medccins de la commune deNeuilly etaient arrives pres du prince , et unesaignee fut aussitöt pratiquöe. Bicntöl les se-cours arrivcreut de tous cötes ; quarante sang-sues furent appliquees a la töte : les remedesles plus energiques furent employes ; mais ,malgre tous les eflorts de la Science, le princene pul recouvrer le Sentiment. CependantM. le doctcur Pasquicr fils , premier Chirur-gien du prince royal, venait d’arriver. Enmöme temps LL. AA. le duc d’Aumale , ae-couru de Courbevoie , et le duc de Montpen-sier de Vincennes, avaient rejoint leur familleä Neuilly. Le docleur, apres avoir examinel’etat du blessö, avait döclare que sa Situationetait des plus graves. On craignait un epan-chement au cerveau , et tous les symplömesse röunissaient malheureusement pour donnercredit ä cette appröhension redoutable. Chaquemiiiute semhlait cmpirer le mal. Le prince n’a-vait pas rcpris un seul instant connaissance.Quelques mots, prononces confusemcnt en lan-gue allemande, avaient seuls pu inspirer unespoir presque aussitöt evanoui que concu.
Cependant ä la nouvelle de cet accideut lareine, hors d’elie-möme, s’ötait pröeipitöe versle parc de Neuilly et le traversait avec rapi-ditö ; 1c roi l’avait suivic. Los voilures rejoi-gnirent LL. MM. qui, accompagnees de M mcla princesse Adelaide et de M' ,UJ la princesseClementine, continuörent leur route jusqu’a lamaison oii le duc d’Orleans avait öte porle, etoii il ne donnait presque plus signe de vie. Onse Jigure plus aisement qu’on ne les döcritl’emotion et la douleur de LL. MM. et deLL. AA. RR. en presence d’un pareil spec-tacle.
Au moment oü la reine arriva pres du litdeson auguste fils, de grosses larmes s’echappc-rent des yeux du prince mourant, qui demeurasaus voix ; l’arrivee du roi, des princes et desprincesses parut augmenter ses larnies, maistoujours sans lui rendre la parole , malgre lescris dösesperes et les caresses pleincs d’angois-ses de cette royale famille.
M. le duc d’Aumale, prevenu en toute bäte,etait parti de Courbevoie pour Neuilly. Lecheval de son Cabriolet s’emporla , et la voi-ture , jetee sur un olnariot de roulage, se brisa.Grace au cid, ce nouvel accident n’cut pas d’au-tre suite.
Cependant la reine avait demande un prölre.M. le eure de Neuilly s’ctait emprcssc d’ae-courir. Il essaya de parier au prince, qui pa-raissait tout voir et tout comprendre, mais quin’a jamais röpondu. En ce moment ses souf-frances ont semBle extremes , et le vönörablepasteur s’est prepare a hü donner l’extröme-onction.
Alors la chambre oii se trouvait le ducd'Orleans a presente un spectacle dechirant etsublime. Le roi, la reine, les princes et lesprincesses etaient a genoux , par terre, autourdu moriboud , poussant des sanglots, et le prö-tre lui administrait le dernier saeremoul.
Le prince royal etait en proie a tous les sy m 1 Jtömes d’une finprochaine. A trois beures qua-rante-cinq minutes , il rendait son ame a Dien,beni par la religiou, qui avait assislö ses derniersmoments, entre les bras du roi son pere, quiavait incline ses levres sur ce front mourant,sous les larmes de saniere infortunee, au milicudes sanglots et des cris de douleur de toute safamille.
La porle de la maison, sur laquelle etaientfixes tous les regards, s’ouvrit : chacunsede-couvril et fit silence en voyanl apparaitre unelongue eiviere portee par des soldats et des ser-vileurs de la maison d’Orleans et toutenvelop-pee de rideaux blaues deroljant aux regards lecorps de l’auguste döfunt.
La reineavait refusö de remontcr dans sa voi-ture, et eileavaitdöclarö qu’elleaccompagneraitle corps de son fils jusqu’a la ehapclle du palaisde Neuilly, oü eile avait voulu qu’il füt expose.Eil consüqucnce , on avait fail venir en toutebäte une compagnie d’elite du 17° regimentd’itifanlerie legere pour förmer la haie sur lepassage du cortöge funebre.
Le lugubre cortöge. se mit en route. Le lieu-tenanl general Allialin marchait cn avant dela litiöre qui etait portee par des sous-oificiers.Derriere le corps suivaienl a pied : le roi, lareine , M ,,,e la princesse Adelaide , M nie la du-cliesse de Nemours, M" ,c la princesse Clömen-tine, M. le duc d’Aumalc, M. le duc de Monl-pensier. Venaient ensuite M. lemaröchal Soull,les ministres, le inaröchal Görard, les olliciersgeneraux, les olliciers du roi et des princes, ettoute la foule des assistants.
Le eonvoi parcourut ainsi l’avenue de Sa-blonville, franclüt la vieille route de Neuilly, etenlra dans le parc royal, qu’il traversa danstoute sa longueui'. Le roi n’avait voulu cedera personne le droit de conduirc le deuil d«son fils ainö. Il est ainsi arrive , ai^compa-gnö de la reine, jusqu’ä la chnpelle du cha-leau , oii LL. MM. , apres s’ölre agenouilleesdevant l’aulel, ont luissö le corps de leur en-fant bien-aimö sous la garde de Dieu !
Le soir, la famille royale s’ölait reliröe. Lechancelier et les ministres seuls onl etc adniisehe/. Ic roi. A sept beures, M. Berlin de Vaux,ollicier d’ordonnanee du prince royal, elM. Choinel , premier mödeein de Son AltesseRoyale sonl parlis pour Plombieres, oii M" H! laduchesse d’Örleans devait passer une saison debain.
S. A. R. M. le duc de Nemours reeul a Nancyla nouvelle du nudbeur nffreux qui a l'rappö safamille ; eile lui parvintau momenl oü il etaitoccupü a une inspection dans le quartier du 1 erregiment de Bussards.
La fatale nouvelle parvint a Plombieres dansla jouriiee du 14. Il ötail queslion seulementd’une maladic grave du prince royal. La princessererut avec une emolion douloureuse cette pre-nüere et prudente eommunicalion de l’allreuxmalheur qui devait la frapper.Elle voulut partirsur-le-chainp, et le general disposa tout pourson döpart immödiat. Deux beures apres, S. A.R. etait en voiture.