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VIELE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 3. QUARTIER DE EA PEACE VENDOME.
la meilleure, mais la plus brillante societe de Paris, et l’on s’y pressailsurlout pour la voir jouer la coniedie avec les premiers sujets de grandsspectacles, qui, ces jours-lä, laissaient leurs douMures aimiser le publicpayanl. Elle avail Irois soupers par semaiue; l’uu, conipose des premiersseigueurs de la cour, et de gens de tonte sol le de cousideratiou; l'autre,d’auteurs, d’artistes et de savants; eidin un troisieme, veritable Orgie,oü etaient invilees les filles les plus seduisautes et les plus lasch es, et oüla debauche et la luxure etaient porliies ä leur cosnble. — La niaisonde cetle actrice represenlait le temple de la deesse de la clause; le por-clie etait decore de quatre colonues , au-dessus desquelles uu char-mant groupe isole representant Terpsichore couronnee par Apollon.Derriere les colonnes on -voyait un delicieux bas - relief representantle triomplie de la muse de la danse, trainee sur un char par desamuurs, precedee de bacchanles et suivie des graces accompagnces^dela musique.— Le theätre, dont rouverture eut lieu en decembre 1774,par lal'arlie de chasse de Henri IV, malgre l’opposition de l’archeveque deParis, etait place au-dessus de la grande porle. O 11 n’y entrait que parbillets, et c’elait ordiuairemeut le rendez-vous des plus jolies filles deParis et des plus aimables liberlins; il y avail des loges grillees pourles honuetes l'einmes, pour les gens dT.gli.se et pour les personnes graves(juj croigiiaieul de sc compromettre painii cetle mul t linde de tolles etd’etourdis.
M lle Guimard, qui portait le raffmement des voluptes ä un point quel’on aurait peine ä croire aujourd’hui, avait adople au temps de saprosperile pour armes parianies un marc d’or, d’oü sortait un gui deebene Supporte par les graces et couromie par les amours. — En 1786,ceUe courtisaue recevait en uienic temps une pension du prince de Sou-bise, une pension du financier Labordeet une pension de feveqiie d’Or-leans, enlre lesqnels eile parlageail ses faveurs; mais, comme eile menaitdepuis plusieurs annees un train de vie cnpable de ruiner les princes lesplus opulents, eile se vil obligee de vendre sa maison, qui lut mise enlolerie y compris les meuhles : deux mille cinq ccnts billets a cent viugtfrancs, formaut un Capital de trois cent mille flaues, furenl dislribues(le tout avait coule bien davantage). Le tiragc eut lieu le 22 mai dans unedes salles des meuus plaisirs. Uue comtesse Duleau, qui n’avait pris qu’unseul billet, gagna cot liölel. Avant d’en sortir, M llc Guimard y bl essayerLopera de Nina, de Marsollier et Dalayrac, par M ,,,ü Dugazon etautres acteurs, qui le jouereiit quelques jours apres sur le Tbeatre-Ita- jlien. M lle Guimard est moHe en 1816, ä lVige de soixante-treize ans; !eile avait epousc en 1787 le celebre choreograpbe Despreaux, profes-seur de danse, sous le direcloire el sous rempire, de toutes les jeunesfilles dites coinme il laut, qui se reunissaient cliez Itii poury danser entoute gaiele, ee qui voulait beaucoup dire alors. —L bötel deM le Gui-mard i'ut aohele vers 1796 par ]e banquier Peregaiix ; cest lä queM. Jacques Lailitte commenea sa Torlinie.
Au n" 7, dans celte meine rue de la Chaussee-d Antin, al’exlrcmite d’ime espece de longuc avenue, est un grand hole! conslruitoriginairement par rarehiteete Cherpitel pour le directeur des l’mancesNacker. Dans cet hdtel demeurait, sous le consulat et dans les premie-X res annees de l’ernpire, M ,,,c Kkcamieu , la plus belle, la plus aimable,o la plus gracieuse et la meilleure des l'emmes de Paris, qui n’inspira ja-mais d’amour saus respeet ni d’nmitie saus passiou. Mariee tres-jeune ta un homme qui elait ä la (eie d’une des premieres maisons de banqiie jde France, sa braute, les graces de sou esprit et le ebarme infini de ses ;enlretiens attirerent constamment pres d’elle les hommes les plusmarquants de tous les parlis. Eu peu de temps, son hold, oü eiledonna durani plusieurs annees des fei es charmantes , devint le rendez-vous de tout ce qu’il y avait de distingne en Europe. La se pressaientles diplomales e( les boniines marquants de lous les regimes ; les savantsel les hlteraleurs les plus illustres ; les jeunes gens les plus en renompour les graces de leurs manieres et famabilite de leur esprit. Kien sur-tout ne peut ülre c.onipare au gout. exquis et ä la dislinclion des hals del’bolel Keeamier, oü l’ou poussait l'atlention jusqu’ä mettre a la dispo-sition des danseuses, des cliaussures nouvelles de toutes couleurs, detoutes les iormes et pour tous les pieds; jusqn’ä miouveler les houquetsdes dames apres chaque rontredanse ou apres chaqtie tour de valse;jusqu’a changer les eventails qui avaient pu se briser, et que l’on rem-
placail par tout ce qui se faisait alors de plus riebe et de plus elegant ence genre. On a donne et on donne encore de nos jours des bals beaucoupplus nombreux et peul-etre plus faslucux; mais jamais depuis lurs oun’en a donne qui aient rcuni ä une aussi grande dislinclion tout ce quipeut contribuer au plaisir et ä l’agrement des iuviics. ■— En 1805, unecrise financiere ayant porte une luneste atleinte au credit commercial,la maison de M. Keeamier succomlja comme plusieurs autres. M mc Re-eamiei 1 , par la moniere dont eile supporta un evenemeni si cruel et siimprevu, sut inspirer un interel general : quoiqu’elle tut dans toutl’eclat de la jeunesse et de sa beaute, eile cessa d’aller dans le munde ;mais non-seulement eile conseiva tous ses anus, eile coutinuu encored etre le centie de la meme societe. Exilee sous l’empire pour sesiiaisons avec la cclebi-e M mP de Stael, M me Keeamier ne revint a Parisqu’a l’epoque de la restauration. Peu apres son retour, eile fut eher-eher lu paix et la trancpüllite ii l’abri des murs de l’Abliaye-aux-Bois, 7^oü nous la retrouverons eil decrivant le dixieme arrrondissement. Ceparti, qui semblait devoir la separer eutierement du i*este du monde,n’a fail que prouver davantage l’attrait de son esprit et le ebarme de sasociete. C’est lä que des amities puissanles lui ont permis d’etre utileaux victimes des l’aetions ct des partis, meme d’en sauver quelques-unes, car son credit n’a jamais eie employe qu’ä proteger le malbeur elä soulager riufortune.
RueBasse-du-Rempart, n° 68, existait nnguere une maison (eile aeie demolie au commeiicement de 1843), qui fut avant 1789 le rendez-vous de tout ce que la cour , l’epee, la fiuance avaient de jeune, de ri-ebe, de brillant, en hommes ä la mode. C’etait une maison elegante,coquette, myslerieuse, construite tout expres pour rintrigue ; toutecoinposee de degagements secrels, de couloirs obscurs et d’escaliers de-robes. Elle etait babilee par M 11 * Dutue, celebre dans les fastes de lagalanterie, qn’un prince qui regua depuis avait mise ä la mode. C’etailune lieaule reguliere, grande, bien faite, un peu lade, blonde el bete äfaire plaisir. En voyanl sou appartexnent, on avail peine ä concevoirque le temple sudit ä fidole. Cet appartement se composait de quatrepelites pieces, d’un grand salon lormant demi-cintre et d’une lerrassedomianl sur le boulevard, qui etuil la piece principale, et oü M lle Dü-the se monirait presque tous les jours. C’est lä qu’nssise sur une cau-seuse eile eteudait sur un tabouret le pied le plus clcgamment chausse,ou qu’appuyee sur un bras complaisaul eile faisait admirer ie mol aban-don de sa taille. Lä se lenait une cour qui inquietait quelquefois cellede Versailles; läsedebitaient des propos peu mesureset des verites bar-dies contre les persoimages du rang le plus eleve. — Plus tard, ceUemaison a ete habitee par le compositeur de musique Blangixy.
RueBasse-du-Rempart, u u 6, demeurait et est mojtelc 15 janvier1815 3YI U * Raucourt, actrice celebre du Tbeätre-Erancais. On preteudque, se sentaut niourir, eile conserva assez de sang-IVoid pour dire ensouriaiit: « Voilä la derniere scene que je jouerai; il laut Ja jouer d’unenianiere convenable. » Elle etait loin de prevoir les troubtes auxquelsdevaient donner lieu ses fimerailles. L’entree de l’eglise St-llocb, ä la-quelle eile avait läit des dons considcrables, lui a\ant ete relusee, lepeuple, justement indigne, enlonca los portes et commencait ä remplirlui-meme les ceremouies d’usage, lorsque Louis X.VIII envoya un deses aumöniers ; l’ordre lut retabli, et la foule accompagua paisiblemeutle convoi au cimeliere de l’Est. t
Passage Saudrier, u° 11, au quatrienie etageau-dessus dePentre-sol, dans le plus modeste des apparlcments, demeurait seul en 1841,servi par une femme de menage, un homme qui par le fait a ete roi desEspagnes el des Indes, le celebre Gonoi, i*rikce det.a Paix. Cet hommesi grand et si her, qui a vu toute la grandesse d’Espagne ä ses pieds,vivait lä trcs-relire, et presque oublie, apres avoir occupe le mondeenlier de son nom peudant les quinze annees qu il gouverua l’Espagneen mailre absolu.
Rue PJeuve-des-Mathunns, n" 1, demeurait en 1808 le celebrechanteur P.-J. Garat, mort en 1823, ä l’äge de soixante ans. Il avait lalaiblesse de cacber son äge, et etait on ne peut plus ridicule dans soncostume, dans sa lournure, dans ses manieres et jusque dans son lau-