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VIELE DE PARIS. — QUATRIEME ARRONDISSEMENT.

N° 14. QUARTIER Dü LOUVRE.

sous les fenetres du roi, qui tenait eil main une liste de tous les nomsde ceux qu’il destinait ä la mort. II preuait plaisir ä voir tomber sousles poignards ceux que la veille il avait combles de caresses : ä la fin dujour le Louvre fut environne de sang et de cadavres. C’est ä deux pasde la riviere toute teinte du sang des protestants que fut tue le lende-main de la St-Barthelemy le celebre sculpteur Jean Ooujon. Il venaitde termiuer sa helle salle des cariatides et travaillait paisihlement aufron ton exterieur, lovsqu’il fut atteint mortellement (Tun coup d’arque-buse, ä deux pas de la fenetre d’oü Charles IX. tirait sur le peuple.« Durant ce temps (en sept jours), dit Mczeray« il fut tue plus de cinqmille personnes de diverses sortes de mort et plusieurs de plus d’uneSorte, entre autres cinq ou six Cents gentilshoinmes. On n’cpargna niles vieillards, ni les femmes grosses, ui les enfants!... Les uns furentpoignardcs, les autres tues ä coups d’epee, de halleharde, d’arquebuseou de pistolet, d’aulres aussi precipites par les fenetres, plusieurs trai-nes dans l’eau et plusieurs assommes ä coups de crocs ou de mnillets.Il s’en etait sauve sept ä huit Cents dans les prisous esperant y trouverun asile sous les ailes de la justioe ; mais les capitaines destincs pourle massacre se les faisaient amener par une planrhe pres de la valleede miscre (qui fait aujourd’hui partie du quni de la Mcgisserie), ou ilsles assommaient ä coups de maillei et puis les jetaient dans la riviere!...Ceux qui etaient loges dans le Louvre ne furent pas epargnes ; apresqu’on les ent desannes et chasses des cliambres ou ils couchaient, onles egorgea tous les uns apres les autres, et on e.rposa Icurs corps tontnus ä la porte du Louvre; la reine rnere etait a une fenetre et se re-paissait de ce speotaele. »

Pour consacrer la memoire de l’execrable forfait de Charles IX , leconseil general de la commune de Paris rcndit et prit en Pan m unarrete portant : « qu’tin poteau de pierre sera place a l’endroit du quaides galeries du Louvre oü Charles IX tirait d’une des fenetres de cechateau sur le peuple, et qu’il y serait attacbe une inscription infa-mante. « Pendant six ans tont Paris a vu au-dessous de la fenetre dePextremite meridionale de la galerie d’Apollon un poteau sur lequeletait cette inscription :

c’est de cette fen£tre

ÜCE l’i.NPAME CHARLES IX, d'ex£cIUBLB MEMOIRE,

A TIRlä SUR L* PEUJ'LE AVEC l’ME CARAM.NE.

La police, n’ayant pasjuge utile de laisser plus longtemps cette ins-cription, la fit enlever le 23 ventose an ix.

Le 3 deremhre 1591, le duc de Mayenne condamna ä mort de sapropre autorite, saus forme ni ordre de jnstice, nenf memlires du con-seil des seize, dont quatre seulement purent etrc saisis, les cinq autress’etant soustraits au supplice par la l'uile. Les quatre memlires arrctesetaient : Louchard, eonunissaire au Cliätelet; Emmeline, procureur;Ameline et Auroux, Tun et 1’autre avocats de la Compagnie des seize •conduits au Louvre, ils y furent pendus et etrangles a une poutre de lasalle hasse du chateau (celle ornee des cariatides). — C’est dans lagrande salle du Louvre que le duc de Mavenne presida le 27 janvier1595 l’asseniblee des soi-disant etats generaux, ou fut proposee l'clec-tion d’un roi catholique.

Apres l’assassinat de Henri IV par Ravaillac, le 4mait(il0, lecorps de ce nmnarque fut transporle sur-le-champ ati I.ouvre, oii il ex-pira dans l’escalier ä droite du pavillon du milieu, pres de la porte deson appartement.

C’est sur le pont du Louvre que fut assassine le 24 avril 1GI7 lemarechal d’Ancre, qui traversait ce pont accompagne de cinquante äsoixaute personucs , pour se rendre aupri'S du roi. Le haron de Yitry,ipii l’attendait avee des Suisscsarmes de fusils, l’arreta au nom du roi.Concini, etonne, fit un geste pour metlre la maiu a la garde de son epee;au meme instant le haron de Vitry fit signe a eeux qui ie suivaienl, etConcini tomha mortelleinent hlesse de plusieurs halles. Le roi, se mon-trant alors aux fenetres du palais, crie auv coujures : « Grand merei avous, messieurs ; ä cette lieure je suis vraiment roi. » Lc cadavre dumarechal d Ancie, entern: saus pontpe dans l’cglise de Sl-Gcrmain-l’Auxerruis, lut exhume par ln populace, traine Ii travers les nies deParis jusqu’au Pont-Neuf, et briile devanl la statue de Henri IV.

Henriette de France, fille de Henri IV, devenue reine d’Angleterrepar son manage avec le prince de Calles, ilepuis Charles I" , ayant eteforeee de venir chercher un asile en France en 1644, on Iui assigna unlogemenl au Louvre, oii eile parut durant quelques inois en equipagede reine ; mais peu ä peu son train dirninua, au point que dans l’hivereile etait ohlige de passer une partie de la journee au lit, ne pouvant seiever faule de f eu. « La posterite aura peine ä cruire, dit le Cardinal deRetz, qu’une reine, fille de Henri le Grand , eit manque d’un fagot aumois de janvier, dans le Louvre et sous les yeux d’une cour de France.»

Le 21 octohre 1G52, apres les trouhles de la Fronde, Louis XIVabaudomia le Palais-Royal et transporta sa residcnce au Louvre.

F.n 1658 Moliere fit dresser un theälre au Louvre, dans la salle desgardes, oii il delnita avec une Iroupe exercee, en presence du roi et detonte la cour, par la tragcdic de Nicomale, et par une farce intilulee :les Docleurs nmmtreux. Moliere plut tellement au roi, qu’il en ohtintde joucr alternativement avec les comediens Italiens, sur le theätre duPetit-Rourhon , situe vis-ä-vis St-Oermain-rAuxerrois , lequel lut de-moli ])lus lard pour faire place ä la colonnade du Louvre.

Lors de la revolution de 1830, le Louvre fut un des editices qui furentdefendus et attaques avec le plus d’aeharnement. Le 29 juillet, le duc deRaguse y avait place son avant-gnrde. La lulle eutre les troupes et lespatrioles, suspendue un moment pendant la nuit du 28, recommeneaavec plus d’energie que jamais ä (piatre heui’es du matin. Une colonnede la garde royale, ayant voulu pousser une reconnaissauce dans la di-reclion de la Greve, fut vivement atlaquce et repoussee jusqu’au Louvre,oii eile se retraneha. Presque immediatement apres , le Louvre tut at-taque sur trois poinls : par le general Gerard du cöte du pont des Arts,et par M. Maduel, eleve. de l’ecolc polyteclniique, du cote de la lue duCoq et du cöte de. la colonnade. Il etait defendu par les Suisses et pardeux regimeuts de la garde royale, posles dans la cour, dans le jardinde l’Infante et les autres jardins voisins. Les troupes avaient des piecesde campague, des munitions de tonte espece , et des inoyens tcrrihlesde soutenir la lnlte qui s’engagcail. La resislance fut opiniatre ; on sen-tait que c’etait le dernier houlevard de la monarchie. Kutin, vers midi,un courageux citoyen s’elanee, le tlrapeau tricolore ii ta main, jusqu’ala porte du Louvre, en criaut : A moi! et hrave une decliarge tormi-dahle. Cet clan fut hienlot suivi; un eteve de i’eeote polyleclmique s’a-vance, suivi d’un grand nomlire de citoyens ; trois montenl sur la pe-tite porte, et menacent de tirev si l’on n’ouvre pas ; nuiis bientot la pe-tite porte se brise, la grande esl ouverte ä ces lieros, et ou eutre enfoule, malgre les dccharges qui parlent de la cour. Presque au memeinstant, on escaladait la colonnade par une cuiilisse qui servait ä des-cendre les gravois, plaeee dans le jardin de l’Infante, et un jeune liornmede dix-huil ans, nomine Charles Bourgeois, y planlait le drapeau trieo-lore. Les autres portes du Louvre furent sueeessivement ouvertes et for-cees, l’unc par le brave Garaud, sculpteur, l’aulre par un enfanl deseize ans, nomine Petil-Pere, qui fut empörteerilile de douze ou quinzehlessures, dans l’eglise de St-Germain-l’Aiixerrois, oii l’on avait elahliune amhulance. Apres des prodiges de valeur, oii les plus heaux failsd’armes se reuonvelereul, le Louvre, assailli de toute [iarl, tomha aupouvoir des patrioles. L’attaque avait ete appuyee par une division decitoyens qui, ilepuis le pont des Arts jusqii’aupont Royal, liraillaitavecles Suisses et les foreait ii reeuler du coli: du poul Royal. I.es Suisses serel'ugiercnl vers les Tuileries en laissnul la lern: jnncliee de leurs mnrlset de leurs blcsses. — Malgre la rapidite avec laquelle furent executeesl’atlaque et la prise du Louvre, les Suisses se defendireut avee taut d’a-eharnement, qu’ils (irent uu grand mnnhre de victimes dans les rangsdu peuple, qui ne vit pas saus une douleur nioi'lelle laut tle ses bravescamarades prives de la vie. ’Fnutefois une idec religieuse truuva ])lacedans l’änie de ees honunes alleres de vcngeance el ne respiranl que lecarnage ; ils desirerent rendiT ä ces depouillcs niurlelles les hunueiirs dela sepulture; uu prelre.de St-Germain-l’Auxerrois (M. Paravey) futmande a cet eilet; ileonsenlit volonliers ä henir un terraiu pri's de lacolonnade du Louvre, oii furent iinmediatoment deposes les restes dequalre-vingt-einq braves citoyens qui avaient. lrouve la mort dans l’alta-que. Jusqu’a repoque de la translalion de leurs resles, suus la eolounctie Juillet en 184Ü, la place oii furent iuhiunees ees victimes n’elait