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VI IXE DE PARIS. — XEITVIE3IE ARRONDISSEMENT. ~ N° 36. QUARTIER DE L’ARSEN AD.
de Verdun, et Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, qui y fut iuter-roge, appiique ä la question. et y enteudit sou arret de mort.
Biron, dont le proccs est une page lionteuse de la vie de Henri IV, futdelenu et execute ä la Bastille le 31 jnillet 1602. Arrive sur l’echa-faud, qui avait etc dresse au niveau d’une chambre de la lbrteresse,Biron, qui avait vingt fois defie la mort au milieu des combats, moutrala plus grande pusillanimile; sa fermete l’abandonna ; il mourut en foufurieux revolie Quand il fut pres de l’echafaud , ceux qui etaient läpour assister ä cet alfreux spectaele, au uombre d’environ quarante,ayant iait quelque bruit ä son arrivee, il s’ecria : « Que font lä tant demarauds et de gueux ? » Puis il monta sur l’echafaud, se bauda les yeux,se mit ä genoux, se releva jusqu’ä trois fois en vociferant conlre lebourreau, qui, au moment oii il allait se relever une quatriemc fois, luiabattil la lete et deux doigts de la main.
Charles de Valois, d’abord comle d’Auvergne, puis duc d’Angouleme,bätard de Charles IX, fit un sejour de dou/.e aunees ä la Bastille.
Sous le miiiistere du Cardinal de Richelieu, qui fit cmprisonner etexecuter taut de nobles, quelques-uns de ceux qu’il avait proscrits fu-rent detenus ä la Bastille, tels que le comte de Roussy, le comte de laSuse, de Mazargues , le marechal d’Ornano, le comte de Charlus, lemarquis de Grignau, etc., etc., etc. — Le marechal de Bassompierre,courtisan aimable, adroit, negoeiateur habile et general distinguc, dontles Memoires sollt consideres comme l’un des plus interessants docu-ments historiques de l’cpoque oii il vecut, y fut eufermc pendant douzeans; il y enlra le 25 fevrier 1631 et en sortit le 19 janvier 1643; lapriucesse de Conti, qui l'avait epouse secretement, mourut de la dou-leur que lui causa sa detention.
Laporte, premier valet de chambre de Louis XIII, fort devoue äAnne d’Autriche, et dont on connait les Memoires, fut enferme ä laBastille le 10 aout 1637.
Sous le miuistere de Mazarin, presque tous les detenus proscrits parRichelieu furent rendus ä la liberle, et la Baslille ne re^ut qu’un petitnombre de prisonniers.
Le regne de Louis XIV fut la grande epoque des proscriptions. Le sur-intendant Fuuquel fut dctenu ä la Baslille en 1663, avaut sa Irauslution äPignerol. Abandonne des courlisans qu’il avait enrichis, il ne le fut pointdes gens de lettres qu’il avait proteges: la Fontaine, Lefevre, M ,lc deScu-dery, le medecin Pecquet, Brebeuf lui reslerent fideles et prononccrentliautement leur Sympathie pour son rnallicur. — Pelisson, ami de Fou-quet, et disgracie comme lui, resta quatre ans ä la Baslille, oii il trouvamoyen de composer et de faire paraitre trois memoires pour la defensede Fouquet, qui firent une grande Sensation. — Le Chevalier de Itohan,grand veneur de France, fut enferme ä la Basiiile en 1674, y fut juge ämort, et conduit de plain pied ä l’echalaud, par une galerie dressee ä lahauteurde la fenötre de la salle d’armes de PArsenal, qui donnait surune petite place de la rue des Tournelles , oii on le deeapita le 27 no-vembre 1674. — Vers la fm du xvn° siede, le crime dVmpoisonnementetait devenu fort comnum ä la cour : toutes les existences etaient mena-cees. Trois pretres obscurs, Lepage, Guignard et Davot, et deux fem-mes , la Vigouroux et la Voisin , furent condamues ä mort et exerutes.Mais les nobles, les grands seigneurs, les dames de la cour qui les avaientpousses au crime, et que Ton devait considerer comme les plus coupa-bles, ne firent que paraitre ä la Bastille (1680 et 1692); tous furent ab-sous par la chambre de l’Arsenal (V. Arsenal). Le duc de Luxembourgsubit un interrogatoire apres une detention de quelques jours. Le comtede Soissac , condamne par deläut eil 1679, fut absous en 1692. Lescomtcsses de Soissons, de Roure, de Polignac , la duchesse de Bouillon,contre lesquelles s’elevaient les charges les plus graves, avaient etc ac-quiltees. — L 'Ilomme au mascjue de fer , dont le veritable nom et laqualitc paraissent devoir rester ä jamais inconnus , mourut ä la Bastillele 19 novembre 1703, apres un sejour d’environ cinq ans, et fut enterredans I’eglise St-Paul, sous le nom de Marchiali. — Constanlin de Ren-neville, auteur d une Ilistoire de la Bastilie , en 5 volumes in-12, lutarrete et conduit ä la Bastilie le 16 mai 1702; il n’en sortit que Ic 16juin 1713, sans avoir jamais pu , dit-il, deeouvrir les motifs de celtelongue detention. — Avant et apres la revocation de l’edit de Nantes, laBastilie ne fut pas assez vaste pour recevoir tous les proscrits pour cause
de religion; le nombre des prisonniers s’accrut encore au commence-ment du xvm e siccle, par les dissidences d’opinions sur la bulle Uni»genitus.
Apres la mort de Louis XIV, on fit circuler, entre autres ccrits inju-rieux ä sa memoire, une satire inlituce les J’ai vu, qui se terminaitainsi:
.J’ai vu la prflature
Se vendre ou «ievenir le piix de l’impoiture;
J’ai vu les dignil6s en proie aux ignorants;
J’ui vu les gens de rien tenlr les premiers rangs.
J’ai vu ces maux sous le regne fuuesleD’un princc que jadis la colere cAlesteAevordu pur vengeanec ä nos düsirs urdents;
J’ui vu ces muiix, et je n’ni pas vingt ans.
On rechercha rauteur dont l’ccil etait si pereant. Voltaire, qui, parses talents precoces, avait dejä fixe l’atlention du public, etait alors d’unäge dont la conformite cadrait avec le dernier vers de la satire. Sur cesimple soupeon, il fut arrete en 1715, conduit ä la Bastilie, et, malgreson innocence, il y resta plus d’une an nee, et n’en sortit qu’apres l’aveutardif du veritable auteur de la satire. C’est dans celte prison qu’il com-posa les deux premiers chants de la Heuriade.
Sous Louis XV et ä l’epoque ou de viles prostituees gouvernaientl’Etat, la Baslille recul un grand nombre de prisonniers, panni lesquelslious citerons*. leduc de Richelieu, qui y enlra le 4mars 1716 et en sortitle 4 aortt, pour son duel avec M. Malignen , comle de Gace; il avaitdejä cte mis ä la Bastilie en 17 11, et il y revint eil 1719. — Le comte deLorges y gemit pendant trenle-deux ans.—L’abbe Blondei, fameuxecrivain janseniste, auteur d’une Vie des Samts, y fut enferme en 1728.—- Le pretre Vaillant, appelaul de la fameuse bulle Unigenilus, fut de-tenu ä la Baslille depuis 1728 jusquVn 1731 ; il y ful de nouveau ren-lernie en 1734 et n’en sortit que pour etre transfere ä Vineennes, oü ilmourut. — Baeulart d’Arnaud, poele licencieux, renferme ä la Bastilieen 1741, en sortit ia meme annee pour etre transfere ä Sl-Lazare. —L’inlortune Latude y eutra en 1749. Apres un sejour prolonge il parvintä s’en echapper; arrete en Hollande, il fut ramene en 1756 ä la Bastilie,d’oii, apres lui avoir fait subir les plus horribles trailemonts, on le Irans-fera ä Vineennes.— Lenglet Dufresnoy liit mis ä la Bastilie en 1750, pourla publication duCaletidrier historujuepour l’annee. 1750, oü l’on trouvela genealogie de Ions les prinees de riünope, et oü il clablissait que leprince Edouard etait le legitime heritier de la couronne d’Angleterre, etle roi Georges un usurpaleur. — Le Guay, garcon doreur, arrete commeconvulsionnaire, entra ä la Bastilie en 1757, et y mourut apre» trenteannees de detention, ä l’äge de soixante-ijuinze ans. — Tavernier, une desvictimes malheureuses qui durent leur liherte ä la prise de la Baslille en1789, fut enferme ä la Bastilie le 4 aoüt 1759, apres un sejour de dixans aux iles Ste-Marguerite. Lors de sa delivrance, son esprit etaitaliene, et le comile des electeurs de Paris ful oblige de le faire eonduireä Charenton. — Marmontel fut enferme ä la Bastilie le 28 deeembre1759, comme auteur d’une parodie injurieuse, et u’en sortit que le 5janvier 1760. — Un sieur Conslnnt, äge de eent onze ans, dont le motifde la detention n’est pas comm, y entra le 5 mars 1760 et en sortit le 10avril de la meme annee. — Lally Tollendal fut enferme ä la Bastilie le1 er novembre 1762, et en sortit le 9 mai 1766 pour aller ä rechafaud(V. Place de l’Hotel-oe-Ville).— Mühe de la Bourdonnais, vainqueurdes Anglais dans l’Inde, gouveineur des iles de France et de Bourbon,nccuse de concussions, resta trois aunees ä la Bastilie (de 1751 ä 1754).Renvo\e enlin devant une coinmission, il fut absous, apres une restitu-lion au tre.sor public de dix-huit millions ; ce qui ne l’avait pas ruine,car il restail encore, dit-on , posscsseur de lmit Cent tnille livres dereute. —Le Prevöt de Beaumont, seeretaire general du eleige, ayanteu connaissance de rinfäme parle de lämine, qui livrait ä la merei d’unesociete d’accapaieurs privilegies la subsistance de tonte la populationde la capitale et des provinces, il en fit einq copies avec des notes expli-catives qu’il adressa au parlement de Rouen. Cette denonciation ayantete interceptee, le Prevöt de Beaumont fut arrete en vertu d’une lettrede rächet, et enferme ä la Bastilie en 1768, oü il resta onze mois; on le