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N° 37. QUARTIER DE LA MONNAIE.

VILLE DE PARIS. — DIXIEME ARRONDISSEMENT.

tard la comedie bourgeoise, el oü Fon donnait aussi des bals, fut de-molie en 1826. Cubieres Palmeze.au , Felix Nogaret, Pelletier de Val-merauges, travaillaient pour ce iheatre, oü Firmin et Yirginie Dcjazetcommencerent leur carriere dramatique.

Rue d’Anjou-Dauphine demeurait, ä Fepoque de la revolulion,le fameux tireur de cartes Martin, ignoble cul-de-jatle, dont l’antre, saleet tenebreux, auquel on ne parvenait.que par un etroit escalier, elaitjournellemeut frequente par des personnes de lout äge, de tout sexe etde toutes condition». Tons les jours de la semaine sa maison ne deseni-plissait pas: le dimanche seulement il nerecevait personne. Quoiqu’ilgagnat beaucoup d’argent, sa demeure avait constamment Fair d’un ga-letas ; il savait qu’on ne le consulterait plus s’il haljitail un appartementpropre et superbe; il avait devine par instinct que le peuple ne croyaita l’esprit prophetique que dans un lieu ayant un eei tain air de desordre.

Rue des Marais-St-Germain habitait des Yvetaux,. poete me-diocre du xvn e siecle. « En ce lemps-lä, dit Tallemant des Reaux, il n’yavait rien de bäti au delä dans le faubourg St-GermaiD. On Fappelaitpour cela le dernier des hommes. Gelte maison a Fhonneur d’etre aussiextravagammenl disposee que maison de France. Le grand jardin qu’il yjoignail, et auquel on va par une voüte sous lerre, avait une porte surla rue du Colombier. Il se mit ä faire lä dedans une vie voluptueuse,mais cachee: c’etait comme une espece de grand seigneur dans son se-rail » ( Mem. de Tallemant des Reaux, t. i, p. 214, cd. in-8). — LePre aux clercs se terminait alors a la rue des Marais qui en a porte lenom jusqu’ä la lin du xvi e siecle. Sous le regne de Francois II, la ruedes Marais n’etait habitee que par des prolestants, ce qui l’avait faitliommer la petite Geneve.

v. Au n° 13 demeurait Racine, qui habita cette maison pendant qua-rante ans avec toute sa famille; c’est lä qu’il a compose ses immorlels

^ ouvrages, lä qu’il est inort en 1699- La touchante Lecouvreur a aussioccupe cette maison qu’elle avait ornee avec goiit et oü eile mourut.Enfin cette maison a encore ete habitee vers la (in du xvm e siecle parM lle Clairon, qui habitait precedemment pres du carrefour Bussy, et quiest morte rue de FUniversite.

Rue des Petits-Augustins, n° 21, demeurait et est mort ce honet savant Boulard, l’un des plus fameux bouquincurs des temps mo-dernes ; il avait renonce ä son etude de notaire, ä toutes ses fonctionsciviles, legislatives et administratives, afin de se livrer ä sa passionpour les vieux livres, et on ne le renconlrait jamais sans qu’il en eütles poches pleines. Force de donner conge ä tous ses locataires, au füret ä mesure qu’il avait besoin de leurs appartements pour loger seslivres, il avait fmi par en encombrer toute sa maison, depuis le rez-de-chaussee jusqu’au grenier.

Rue de Seine. La reine Marguerite de Yalois, premiere femmedeHenri IV, reveuue ä Paris apres uneabsence de pres de vingt-cinq ans,avait fait bätir dans cette rue, en 1606, un hötel avec de vastes jardinsqui regnaient le long de la riviere. Cet hötel, oü Marguerile de Valoiss’etait forme une nouvelle cour composee des femmes aimables et deshommes les plus spiriluels de son temps, et oü eile mourut le 27 mars1615, fut vendu en 1619, et Fon commemja de bätir le quni Malaquaissur une partie des terrains qu’occupaient les jardins.

C’est aussi rue de Seine qu’etait Fhötel de i.a Rochefoucauld, quiavait son eutree sur la rue de Seine, et dont les jardins se prolougeaientjusqu’ä la rue des Petits-Augustins. Il a ete abatlu en 1824, et la ruedes Beaux-Arts a ete percee sur son emplacement. — Mercier, auleurdu Tableau de. Paris , y tenait une ecole pendant la revolulion.

Rue Tarane, n° 12, habitait au xvm e siecle le baron d’Holbach,qui rcunissait dans son hötel ce que Jean-Jacques Rousseau appelait lacoterie holbachique.

Rue des Boucheries-St-Germain demeurait leboueher Legendre,depute de Paris ä la Convention nationale, mort membre du conseil descinq cents en 1797, ä peine äge de quarante et un ans. La vie revolu-tionnaire de Legendre, a dit Prud’homme, sa liaison avec les Lameth,avec Mirabeau, le duc d’Orleans, Robert de Paris, Danton, Marat; saconduite sur la mort de Danton, le röle qu’il joua aux Jacobins, lerempart qu’il voulait faire ä Robespierre de son corps; sa conduite au

9 thermidor, au 12 germinal, au 4 prairial, au 13 vendemiaire; lesclefs qu’il alla cbercher pour la fermeture des Jacobins, toute cettelongue cliaine d’evenements, annonceut un liomme d’une capacite toutä fait reniarquable, et lout porte ä croire en effet, que s’il avait eu plusd’instruction, Legendre aurait ete un des oraleurs les plus eloquents dela revolulion.

Rue des Sts-Peres. Le plus beau cnractere des temps modernes,l’honorable Dupont de i.’Eure, habitait naguere un modeste entresol dela maison qui porte le u° 13 ; il a ete successivement membre du conseildes anriens, oü il defendit la repnblique expiranle contre l’empire quis’installait; president ä la cour royale de Rouen sous l’empire; vice-President de la chambre des deputes eil 1814; vice-president de la cham-bre des representants en 1815 et membre de toutes les legislaturesdepuis 1817, et ministre de la justice apres la revolution de 1830.

Au n° 46, a longtemps demeure Augereau, fils d’un fruitier du fau-bourg St-Marceau ; maitre d’armes et simple carabinier jusqu’en 1787,general de brigade en 1794; il s’immortafisa ä Lodi et ä Castigiione; ilfut commandant des troupes de Paris au 18 fructidor, deviut membre duconseil des cinq cents, et est mort marcchal de Fempire en 1816.

Rue des Petits-Augustins, n° 33, demeurait eil 1789 le vicomtede Beauharnais, epoux de Josephine Tascher de la Pagerie (qui futdepuis imperatrice); depute aux elats generaux el ä Fassemblee Consti-tuante, il presidait cette assemblee lorsqu’on annoiuja le depart duroi : « Messieurs, dit-il, enouvrant laseance, le roi est parti cette nuit;passons ä l’ordre du jour. « Exile sous la Convention, il iut ensuitedecrete d’aecusation, transfere dans la prison des Carmes , traduit autribunal revolutionnaire, condamne ä mort et execute.

Dans cette nie demeurait eiest inort en 1794 le celebre medecinVicq-d’Azyr, fondateur de Facademie de medeciue.

Quai Malaquais, n° 1, est Fanden hötel Mirabeau, oü demeuraitet est mort en 1818 le celebre antiquaire Visconti, membre de l’Institut.

Au n" 3 habitait en 1S20 lebaron de Humboldt, savant voyageur etgeologue, membre de Flnstilut.— Buzot, membre de la Convention na-tionale, trouve mort ainsi que Petion sur la route de Bordeaux , de-meurnit en 1794 dans cette maison, oü est mort eu 1809 le celebrepeintre Vien, membre du senat conservateur.

Au n° IX est 1’hötel de Juigne , occupe longtemps par le ministrede la police generale.

Au n° 17 est Fhötel de Bouillon , construit par le duc de Bouillonsur Femplacement d’un hötel haliite par Marie-Anne de Mancini,duehesse de Bouillon, niece du Cardinal de Mazarin : c’est dans cethötel, oü eile mourut en 1714, qu’elle tenait un des plus celebres bu-reaux d’esprit de son temps; eile avait eu assez de tacl pour devinerla Fontaine, ä qui olle donna le nom de J'ablier.

Quai Conti est le cafe de ce nom qui existnit dejä vers le com-mencement du xvui c siecle. En 1754 on s’y reunissait principalementpour live les gazettes aftglaises coimues sous le uom de London EveningPost , de Wcsminste}\ de Daily Jdvcrtiser. — Non loin de lä , sur lequai des Grands-Augustins, le lihraire Trudon, qui avait pour enseigue_4 l'Image St-Antotne , av ait etabli un celebre cabinet litteraire, oii ontrouvait les gazettes de Holhinde , d’Utrecht, d’Avignon, de Cologne,de Berne, etc., etc.

Rue du Four-St-Germain. Au coin de la rue Neuve -Guillemainelait le lour banal de Fnbbaye St-Germain des Pres. Il y avait jadisdans Paris des fours hanaux oü les habitants etaient dans Fobligationd’allcr faire c.uire leur pain , sous peine d’amende et de connscalion. Labanalilc de ees fours donnait un produit assure ä ceux qui les posse-daient , seigneurs laiques, seigneurs ecelesiastiques. L’usage de cettepropriete dura longtemps, malgre les plaintes du peuple. Les cris po-puiaires parvinrent enfiti ä Philippe Auguste, qui, calculant ce quepourrait y gagner sa raisse royale, exemjUa les habitants de Paris deFobligation de faire cuire leur pain dans les fours bannux, et autonsales boulangers ä en avoir dans leurs maisons. Il accorda cette permis-sion pour ce que chacun des boulangers valoit ä M. le roj nettf solstrois deniers une obole.