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TOULON.

TOULON.

TOULON.

il etait parvemi ä reunir, ä former et ä appro-visionner un parc de deux cents bouches ä feu.Les represenlants , temoins de la hardiesse desa disposition , de sa valeur et de son activite ,le nommerent general de brigade. Les batteriesfurent avancees et placees sur les points lesplus avantageux du rivage : leur effet fut tel,que les gros bäliments ennemis furent demä-tes , des batiments legers coules , et les Anglaiscontraints de s’eloigner de cetle partie de larade. Dugommier resolut d’atlaquer la redouteanglaise , et reconnut l’ouvrage conjointementavec les chefs du genie et de l’artiUerie, Ma-rescot et Bonaparte. Cette formidable redoute,elevee au milieu de la langue de terre appeleel’Aiguillette, forniait le centfe d’une ligue deretranehements et d’abattis qui couvraieut uncamp d’environ cinq mille hommes, Anglais etEspaguols. Les Anglais l’avaient baptisee lePetit-Gibraltar. Elle consistait en un vasteouvrage d’un profil fort eleve, et dont l’escarpeetait re\etue en pierres seches, environnee d’unlarge fosse ; eile avait ete elevee sur lesdessinsd’un ingenieur francais , et on la croyait im-prenable. Le 18 decembre, ä quatre beures dusoir, les troupes s’ebranlent de leurs canips etse dirigent sur le village de Seyne; le projetetait d'attaquer ä minuil. Deux colonnes sontfonnees, et l’on marche ä rennemi; la fusil-lade s’engage au pied du fort du Petit-Gibral-tar ; les boulets, la mitraille et les balles pleu-vent de toute pari. Dugommier qui, selon sacoutume , marchait ä la tete de ia premierecolonne, se voyait dans la necessite de retro-grader, lorsque le capitaine d’artillerie Mui-ron, adjoint au commandant d’artillerie, deta-che avec un Bataillon de chasseurs , deboucheau pied du fort, s’elance dans l’embrasure ;son Bataillon le suit, et le fort est pris. Tousles canonniers anglais et espngnols furent lucssur leurs pieces; Muiron fut Blesse grievementd’un coup de pique. — A la poiute du jour,on mareba sur les forts de Balaguier et de l’Ai-guillette, qui avaient ete evacues par rennemi.L’amiral anglais n’eut pas plutdt vu les Fran-cais niaitres de ces positions, qu’il iitle signalde lever l’ancre et de quilter les rades. Touten preparant leur fuite , les ennemis , ne pou-vant conserver le port de Toulon, le pareourentla torche a la main, incendient tous les eta-blissements de la marine, et portent le feu jus-que sur les vaisseaux restes en rade; neufvaisseauxde soixante-quatorze, quatre fregates,plusieurs petits b&timents , l’arsenal, une im-mense quantile de munitions navales et de boisde construction devinrent la proie des Ham-mes.— Les Anglais agirent a Toulon comme ilsagirent enFlandre, en Corse, ä Quiberon, dansla Yendee , ä St-Domingue; partout et danstous les temps ils montrerent la memedelovau-te, la m6me rapacitc, les niemes perfidies. Ilspenetrcrent ä Toulon en s’aunoncant commeliberateurs , en promettant d’etre fideles depo-sitaires des proprietes; ils s’y conduisirent eninfames flibustiers. A la lueur de l’incendie,qui livrera leurnom ä l’execralion de la poste-rite la plus reculee, ils Ieverent l’ancre, ils par-

tirent en repoussant impitoyablement de leursbords les Toulonnais qui leur avaient livre laville, et qui eraignaient le juste ressentimentdes republieains francais. Les Espaguols, plusbumains qu’eux, recurenl sur leurs bords ceshahitants desoles.

A la vue des Hammes dont la ville est enve-loppee , un cri de rage s’eleve dans l’armce ;tous demandent l’assaul. Aussitot uue colonneest conduite par le general Dugommier sousles niurs de la place. Quelques republieains.habitants de Toulon , s’emparent d’une porteet rouvrent, et les soldats francais se pre< ipi-terent dans la ville. L’arriere-garde ennemie,taillee en pieces et potirsuivie avant d’atteindrcses vaisseaux vers lesquels eile fuyait, toinbeet pei it dans la mer. — L’armee fit son entreeä Toulon le 19 decembre 1793 ; depuis soixan-te-douze Beures eile etait sous les armes au mi-lieu de la Boue et de la pluie; eile se livra,dans la ville, ä des desordres qui semhlaientautorises par les promesses faites aux soldatspendant le siege. Le general en chef retablitl'ordre en dedarant que loutes les proprietesde Toulon elaient proprietes de l’armee; il fitvider les magasins pnrticuliers et les mcuhlesdes maisons ahaudonnees dans des magasinscentraux. Depuis, la repuhlique se saisit detout, moyennant une annee de solde en grati-fication, qui fut accordee ä chaque oflicier ousoldat. L’emigration de Toulon fut tres-consi-derahle; les vaisseaux anglais, napolitains etespaguols en etaientencombres, ce qui les obli-gea ä mouiller dans la rade d’Hycres, et äfaire camper les refugies dans les iles de Por-querolles et du Levant. — Dugommier donnaI’ordre de laisser flotter le pavillon Blanc surtous les forts et bastions de la rade, ce quitrompa un graud nombre de Batiments deguerreet de commerce, charges pour le comptedes ennemis. Pendant les trente jours qui siii-virent la prise de la ville, il n’en est pas un oul*on n’ait pris des batiments riehement ebar-ges.—Trentcetun vaisseaux de ligue et vingt-cinq fregates se trouvaient ä Toulon au mornentou les ennemis y entrerent; seize vaisseaux etcinq fregates devinrent la proie des flainmes,ou en furent fortement endommages; trois vais-seatix et neuf fregates furent enimenes, septvaisseaux et onze fregates resterent intacts dansla Darse.

Les represenlants etablirent un tribunal rc-volutimiziaire, selon les lois du temps. Tous lescoupables avaient suivi rennemi, ä l’exceptionde huit on dix personnes, qui furent immediate-ment fusillees. Mais huit ou dix victimes elaientpeil: on eut recours ä un alfreux rnoyen qui ca-racterisel’espritde cette periodede untre Bistoi-re; on fit puhlier que tous ceux qui avaient eude l’emploidans l’arsenaldu temps des Anglais,cussent ä se rendre au Champ-de-Mars, afinde donner leurs noms; on leur insimia que c’c- |tail pour les rcemployer ; ä peu pres deux < ents Ipersonnes, cbefs-ouvriers, petits commis et au-tresgenssnBalternes, s’y rendirent de Bonne foi;on prit leurs noms, on constata qu’ils avaient 'conserve leurs emplois sous le gouveruement

anglais, et aussitot le tribunal revolution-naire , en plein champ, les condamna &mort. Un Bataillon de sans-culottes et de Mar-seillais, commande ä cet eilet, les fusilla. Cetteaclion n’a pas besoin de commentaire; niaisc’est la seule execution que l’on ait faite ä Tou-lon ; il est faux que l’on ait mitraille qui quece soit, le commandant d’artillerie ct les ca-nonniers de ligne ne s’y fussent pas pretes.

Aussitot que la nouvelle de la prise de Tou-lon fut parvenue ä Paris, le comite de salutpublic donna des ordres pour faire demolir lesmaisons de Toulon. L’absurdite de cette me-sure n’en arrela pas l’execution : on en demo-lit plusieurs qu’on lut obligede rebatir ajnes.— Tous les desastres d -cette epoqueont ete re-pares sous le regne de Napoleon ; les fortifica-tions, retablies et completees depuis, ont fait deToulon une place imprenable.

Les armes de Toulon sont: d’azur a lacroix d’or , au premier eanton charge d'itndrapeau d’argent contourne ; au chef d’azurseme de fleurs de lis d’or.

Cette ville est dans une admirable Situation,sur un terrain legerement indinc vers la mer,au pied de haules collines qui la dominent ducöte du nord, et au fond d’uiie pelite Baie dontune presqu’ile ferme presque l’enlree. La rade,vaste, süre et ä I’abri de tous les vents, peutrecevoir en tout temps les vaisseaux de toutesgrandeurs. Elle est entouree de forlificationselevees d’apres le Systeme de Vauban, et gene-ralement Bien Bätie, mais assez mal percee ; laplupart des rues sont etroites, et les places,excepte une seule, sont petites et irregulieres.Toutefois le quartier Neuf, ou se trouvent lesetabiissemeuts de la marine , est de touteBeaute. La plus grande rue, la rue Lafayette,traverse toute !a ville ct debouche, vers leport, sur une Belle place carrce entouree d’undouble rang de heaux arbres et decoree de plu-sieurs edilices majeslueux. Le vieux quartierpresente Taspect d’une colonie l’ormee par despeuples etrangers.

Toulon est une ville Ires-populcuse en rai-son de son elendue. Elle ollre des mnrehesabondamment appiovisionnes, des magasinsbien fournis, des rues encombrees de pietons,qui duiment une idee avantageuse de sa prospe-rite. Toutefois cette splendeur est liee au plusou nioins d’aetivite dans les travaux de l’arse-nal: l’etat de paix, en condamnant nos vais-seaiiA de Jigne ä rinaction, paralyse cette Jlo-rissnnte industrie. Tous les elablissementsmaritimes y jiortent l’empreinte d’un grandioseinconuu a nos peres , que l’on accourt visiterde tous les points de l’Europe.

Lk roRT de Toulon est l’un des plus vasteset des plus siirs que l’on conuaisse ; il se diviseen deux parties, le port marcliand et le portmilitaire, qui communiqncnt ensemble par unchenal. Le premier est borde d’un superbequai ct dccore de plusieurs edilices. Le portmilitaire contient les ehnnliers de eonstruction,les forges, la mäture, la corderie, lu voilcrie,les magasins et l’nrscnal maritime, un des plusconsiderables de l’F.iiropc. On y admire sur-