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ESSAI
ser plus d’espace pour les sacrifices, n’y avait point ajouté de colonnes extérieures. Mais dansla suite, sous le gouvernement de Démétrius de Phalère, Philon éleva des colonnes devantl’entrée de ce temple, et en fit un prostyle. Cet accroissement du vestibule, ajoute Vitruve ,donna beaucoup de commodité pour l’initiation, et rendit l’édifice plus imposant (i). Or, il estévident que Philon ne put soutenir avec quatre colonnes le fronton d’une cella aussi large; et,par conséquent, voilà du moins un prostyle qui ne se borne pas au tétrastjle (2).
On ne remarquera point sans intérêt que dans les temples destinés aux mystères et à l’initiation,la demeure sacrée elle-même devait avoir des dimensions considérables, puisque les cérémoniess’accomplissaient entre ses murailles; et l’on en conclura que la construction de ces templesaurait pu amener dès lors, dans l’architecture religieuse, une révolution pareille à celle que nécessitaplus tard le christianisme. Mais l’initiation ne se présenta, dans l’antiquité, que comme un fait ex-ceptionnel. Il en' fut de même des efforts des sectes philosophiques pour épurer les idées moraleset religieuses. Chacun de ces signes annonçait la religion nouvelle, mais aucun n’en pouvaitoccuper la place : le précurseur n’est point un messie (3).
Passons au troisième genre, Xamphiprostyle. L’inventeur de ce temple ne fit que répéter leprostjlon à la face postérieure de l’édifice, de manière à présenter deux décorations, maisnon point deux entrées parfaitement semblables. Cette complète similitude n’avait lieu quedans le cas où la partie postérieure du temple, outre la disposition de colonnes et de pilas-tres pareille en tout à celle du pronaon, avait encore une porte réelle et un renfoncement. Or, celane se présentait point, par exemple, dans le temple amphiprostyle sur l’Ilissus. C’étaient sur-tout les temples périptères et hjpæthres (4) qui avaient réellement deux entrées; et souvent onpouvait dire, à double titre, que les temples périptères avaient un opisthodome ( 5 ); car,non-seulement ce mot s’employait pour désigner la colonnade opposée au prostjlon et symé-trique avec lui, mais il se disait aussi d’un appartement servant de trésor, placé derrière lastatue de la divinité, et dont l’entrée, sous la colonnade postérieure, était semblable à l’entréede la cella. On n’avait point créé, pour désigner cette colonnade postérieure, le mot opisthostj-lon ( 6 ), qui aurait correspondu au prostjlon, comme Xopisthodome ou l’appartement de derrièrecorrespondait au prodomos ou pronaon.
Les temples des trois premiers genres ont été construits en général sur des proportions peuétendues, bien que l’on puisse citer et que nous ayons cité nous-même des exemples du con-traire. Mais, lors de leur invasion dans la Grèce, les Perses détruisirent ou brûlèrent presque tous
( 1 ) Vitruv. VII, Præfat. Quelques critiques ont proposé, au lieu à'initiantibus, le mot intrantibus ; mais Vitruve paraît avoirvoulu traduire le grec xot; y.v ougevoiç. Remarquons encore en passant l’emploi irrégulier de vestibulum.
(а) Façade à quatre colonnes. Téscapeç, quatre; <rrû^oç, colonne.
(3) Nous ne pouvons quitter ce temple d’Éleusis sans signaler encore un fait assez curieux pour l’histoire de l’architecture.Winckelmann rapporte dans son Histoire de l’art chez les anciens, qu’Appius ajouta un portique au temple d’Éleusis . Par unesingulière distraction, cet illustre archéologue a commis dans ce peu de mots une double erreur. D’abord, Appius n’a jamais songéà construire à Eleusis un portique, mais bien un propylée ; en second lieu, ce qui est plus important, Appius abandonna dans tousles cas son dessein ; peut-être même le bruit qui avait couru dans Rome sur les intentions du proconsul était-il entièrementfaux. On voit par les lettres de Cicéron à Atticus que le premier , informé qu’Appius voulait construire à Eleusis un propylée, pro-posa , de son côté, d’en faire un à l’Académie ; mais que bientôt il renonça à son dessein, parce qu’Appius ne s’occupait pas dupropylée d’Éleusis, soit qu’Appius eût abandonne son projet, soit qu’il n’eût jamais songé à une pareille entreprise, ce qui paraîtplus vraisemblable. Voici les deux passages de Cieeron : « Audio Appium rcpoinAaiov Eleusine facere : non inepti fuerimus, si nosquoque Academiæ fecerimus? d Ad Att., VI, i. « Me tamen de Academiæ irpomAw jubés cogitare, quumjam Appius de Eleusinenon cogitet?» Ad Att., VI, 6 .
(4) Voyez plus loin, pages 7 , 8 et 9 de cet Essai.
(5) ÔtvigOs , derrière ; Sopç, maison.
( б ) ÔTOffSe, derrière ; <rtDlo <;, colonne.