Band 
Quatrième partie.
Seite
11
JPEG-Download
 

SUR LES TEMPLES ANCIENS,

11

Dans F aréostyle (i ) enfin, la largeur des entre-colonnements était telle, qu’on ne pouvait employerdes épistyles de pierre ou de marbre; mais l’architrave devait être d’une seule pièce de bois.L’aspect de ces sortes d’édifices était nécessairement lourd : ils paraissaient larges et peu élevés.Leur faîte ne pouvait être décoré, à la manière toscane, que de statues de terre cuite ou d’ai-rain doré, comme on le voyait au temple de Cérès près du Circus maximus, et aux deux templesd’Hercule .

Il est temps d’en venir à la disposition qui offrait le plus de commodité, de grâce etde solidité, et qu’on appelle Yeustyle (2). Elle comportait des entre-colonnements de deux dia-mètres et un quart, sauf celui du milieu, soit au pronaon, soit au posticum, lequel offrait lalargeur de trois colonnes. On n’avait à Rome , selon Yitruve, aucun exemple de cette parfaitedisposition; mais à Téos en Asie , on voyait un temple de Bacchus qui était de ce genre.

Nous abandonnerons maintenant Yitruve, de qui les paragraphes précédents sont traduits pres-que littéralement, et nous ne le suivrons pas dans les détails qu’il donne sur la hauteur des colonnes,relativement à leur grosseur et aux entre-colonnements dans les cinq dispositions qui viennent d’êtredécrites. Nous ferons remarquer seulement qu’en réglant la hauteur des colonnes à huit moduleset demi pour l’eustyle et le diastyle (3), huit pour l’aréostyle, neuf et demi pour le systyle, etdix pour le pycnostyle, Yitruve montre assez qu’il n’entend point parler du dorique grec, lequeln’admet point de pareilles proportions : il est clair même que dans ce passage, comme dans ce quildit des entre-colonnements, il fait entièrement abstraction de l’ordre employé. On se tromperait doncétrangement si l’on appliquait une pareille théorie trop à la lettre, et surtout si l’on prétendait en tirerune règle pour toute autre construction que celle d’un temple. Nous verrons dans ce volume commentelle s’adapte aux édifices sacrés de Pompéi .

Nous n’avons parlé jusqu’ici que des temples dont le plan est rectangulaire. Cependant lesanciens en construisirent de circulaires, et c’est encore une des conséquences où dut les conduirefacilement l’emploi du bois dans les édifices religieux. Les Egyptiens, construisant leurs bâtimentsavec d’énormes blocs de granit, n’arrivèrent jamais à la voûte ni au cercle. Pourquoi auraient-ils cherché la solidité dans d’ingénieux assemblages de parties, quand elle leur était donnée parcela même qu’ils pouvaient tout faire d’une seule pièce?

Le temple circulaire, ædes rotunda ( 4 ), était monoptère (5) ou périptère. Le premier se com-posait d’un seul rang ou d’une enceinte de colonnes, sans mur et sans cella ,

( 1 ) Àpoaoç, rare ; gtuIo; , colonne.

( 2 ) Eù, bien; oxCfto;, colonne.

(3) L’éditeur allemand déjà cité a rétabli, dit-il, d’après le texte du Vatican, cette phrase de Vitruve : « Eustyli autem ædiscolumnæ, ut systyli in novem partes altitudo dividatur et dimidiam» ; tandis que Jocundus a écrit diastyli au lieu de systyli, etocto pour novem. La correction de Leipsig nous paraît inadmissible; car Vitruve a dit lui-même un peu plus haut en parlant dea 1 eustyle : Ipsarum columnarum altitudo erit modulorum octo et dimidiæ moduli partis. » Lib. III, cap. 3.

(4) Vitruv. , lib. IV, cap. 8 (vulgo y).

(5) \ îtruve paraît employer encore cette désignation de monoptère dans un tout autre sens que celui-ci, et l’appliquer aux templesquadrilatères qui n ont qu un rang de colonnes autour de la cella ; c’est du moins ce qui semble ressortir de la comparaison des deuxpassages qui suivent : « HermogenesediditvolumendeædeDianælonica quæestMagnesiæpseudo-dipteros, etLiberi PatrisTeomo-« nopteros, etc., etc.» Lib. VII, Præfat. « Hujus exemplar (Eustyli) Romæ nullum habemus, sed in Asia Teo octostylum Liberi Patris.« Eas autem symmetrias constituit Hermogenes qui etiam primus octostylum pseudo-dipterive rationem invenit. » On pourraitnéanmoins concevoir quelques doutes, d’après la forme des phrases. Mais la diction de Vitruve est souven t embarrassée, surtout lorsquecet écrivain vise à une élégance que son sujet ne comporte pas ; et enfin il est question, dans le second passage, de l’eustyle, qui, avecson entre-colonnement plus large au milieu, pourrait difficilement s’appliquer à un temple rond. INous avons rassemblé dans cettenote les argu ments que l’on pourrait avancer en faveur de l’une et de l’autre opinion : nos lecteurs décideront. Mais une dernière obser-vation qui entraînera peut-être leur conviction ducôté où marche la nôtre, c’est que dans le passage du liv. III, chap. 2 , où Vitruve parlespécialement du pseudo-diptère, il cite comme exemple le temple de Diane à Magnésie et celui d’Apollon par Ménesthe, et ne parlepoint du temple de Téos .

6