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CONSIDÉRATIONS
de Vitruve , qu’ils peuvent servir à expliquer tous les autres édifices de ce genre, sans avoirbesoin d’être expliqués par eux.
Les théâtres, chez les Grecs et les Romains, ne furent construits dans l’origine qu’en char-pente. Leur durée n’excédait point celle des fêtes, dont les jeux scéniques faisaient partie, etces constructions, élevées avec précipitation, pour quelques jours seulement, ne devaient avoirrien de bien remarquable ; mais le luxe ayant fait de rapides progrès, leur conséquence natu-relle fut la corruption des moeurs; et le premier symptôme de cette décadence morale se manifestetoujours chez les nations par le goût immodéré des plaisirs, et principalement des spectacles. Aussi,à ces édifices misérables, succédèrent bientôt des monuments où le marbre et le bronze ébloui-rent les yeux.
Les Athéniens furent les premiers qui renoncèrent aux théâtres en bois ; ils construisirent enmarbre le théâtre de Bacchus, situé sur la pente de l’acropolis, et ce magnifique monument,dont les ruines font encore aujourd’hui l’admiration des voyageurs, servit de modèle à tous ceuxdu même genre.
Rome existait depuis six siècles, quelle n’avait point encore de théâtre permanent, quoique,dès l’an 55 g, des consuls eussent voulu en construire un; mais Scipion Nasica, par respect pourles bonnes mœurs, le fit détruire. Pompée fut le premier qui donna aux Romains, en l’an 699,un théâtre en pierre, orné de statues, et où quarante mille personnes pouvaient à la fois assisteraux représentations. En 74°? Cornélius Balbus en fit élever un en marbre, orné de colonnesprécieuses. Celui de Marcellus, dont il reste encore des ruines, était extérieurement en pierreet orné à l’intérieur des dépouilles de la Grèce et de l’Asie .
Les théâtres antiques étaient découverts, et n’avaient d’autre abri contre l’ardeur du soleil etles intempéries des saisons qu’une toile tendue avec force au-dessus du théâtre, au moyen de cor-dages placés dans des poulies attachées à des pièces de bois qui pénétraient profondément dansla maçonnerie des murs extérieurs.
La partie consacrée aux spectateurs était en forme d’hémicycle, et presque toujours adosséecontre une colline, pour éviter d’y faire des substructions dispendieuses. Ce demi-cercle étaitcouvert de gradins divisés en plusieurs étages, appelés précinctions, sur lesquels les spectateurss’asseyaient suivant leur rang. Les places réservées aux simples citoyens étaient indiquées par delégères lignes gravées sur les gradins et numérotées ; en sorte que chacun prenait celle qui cor-respondait au numéro de la tessera qui lui avait été donnée d’avance. Comme ce gradin était ordi-nairement de pierre ou de marbre, on le recouvrait avec des coussins de jonc, que les îocarii ( 1)louaient aux spectateurs, et lorsqu’il faisait froid, ou qu’il neigeait, 011 portait un manteau delaine, à long poil, auquel tenait un capuchon.
On parvenait facilement de toutes parts aux gradins, par les passages et les montées pratiquésau pourtour circulaire du théâtre, et au moyen des escaliers qui, partant de l’orchestre, s’éle-vaient au sommet des gradins; en sorte qu’ils formaient des divisions dont les sections ten-daient au centre, et qu’on appelait cunei. Les gradins inférieurs étaient réservés aux chevaliers;les places de la dernière galerie appartenaient aux matrones; les deux loges de l’avant-scène, pra-tiquées au-dessus des entrées latérales de l’orchestre, étaient des places d’honneur pour lesprincipaux magistrats.
On voit, par la description que je viens de donner de la partie du théâtre consacrée auxspectateurs, qu’il devait rester, entre la ligne droite de la scène et la ligne circulaire du der-
(1) On appelait ainsi ceux qui s’emparaient de bonne heure des places, pour les revendre aux spectateurs opulents. Voyezplus loin, dans l’explication de la planche XXVIII, une note qui éclaircit cette contradiction apparente, entre l’usage de latessera et l’emploi des locarii.