DISSERTATION
SUR LA MOSAÏQUE
DITE D’ALEXANDRE A ARBELLES,
Pa« m. QDATREMÈRE DE QUINCY,
.secrétaire perpétuel de l’académie des beaux-arts, membre de l’académie DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES .
En i83o, dans la rue de Pompéi, qui, du temple de la Fortune et de l’arc triomphal de Tibère ,s’étendait jusqu’à la porte d’Isis, fut découverte, et en partie déblayée, une des plus belles habi-tations de cette ville. Cependant, ce ne fut qu'en 1831 que l’on vit les opérations plus ou moinslentes du déblayement mettre au jour la totalité d’un superbe pavé en mosaïque, qui décoraitune des salles de cette maison.
Cette salle, située entre cour et jardin, est de forme quadrangulaire, et n’avait de murs quesur ses deux petits côtés. Ouverte sur les deux grands, elle était décorée, à l’entrée donnant sur lacour, de deux colonnes corinthiennes coloriées en cinabre. Quant à la partie qui regardait lejardin, elle n’en était séparée que par un petit mur à hauteur d’appui, suffisant pour interrom-pre, par en bas, la communication, par conséquent sans ôter la vue des arbres ou des fleursdu jardin.
Il ne reste plus aujourd’hui que les vestiges de la disposition générale des bâtiments, avecquelques éléments architectoniques, d'après lesquels il est permis seulement de deviner ce quel’éruption du volcan a détruit.
Mais ce qui peut consoler ou dédommager de cette perte, c’est le grand tableau en mosaïquequi se déployait, comme un brillant tapis, sur toute l’étendue du sol de cette salle, et lui servaitde pavement.
Cet ouvrage, sans aucun doute, n’a pu être exécuté par le mosaïquiste, que d’après un vé-ritable tableau, ou une composition peinte qui ne doit pas avoir été d’une moindre dimension.Dès lors, la conjecture la plus probable est que ce qui aura servi de modèle au travail de lamosaïque, aura dû être une copie faite exprès, dans la mesure prescrite, et d’après quelqueoriginal, peut-être beaucoup plus grand, soit pour l’étendue, soit pour la dimension des figures,dimension qui, comme on le verra, se trouve ici rapetissée à peu près d’un tiers de la proportionnaturelle (i), évaluée de cinq pieds et demi à six pieds.
Toujours peut-on dire, d’après l’étendue de cette composition, longue de 19 palmes 1/2 sur10 et 1/4 de hauteur, que l’on possède l’ensemble d’un ouvrage qui, surtout en le supposantrapetissé par le fait de son nouvel emploi, aura dû être compté autrefois parmi les grandsouvrages de la peinture.
Si ensuite on prend en considération le sujet qui s’y trouve développé, il faudra convenirque jusque-là nous ne possédions rien qui pût donner une idée positive de letendue des
(1) Selon M. Bonucci, quelques-unes des figures ont environ deux tiers de grandeur naturelle. La planche n° offre l’exactereprésentation de l’une des principales têtes, sur lechelle même de la mosaïque.