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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
quelle épreuve fut soumise Richarde, épouse de Charles leGros. « Vêtue d’une chemise enduite de cire à laquelle onmit le feu devant et derrière, elle courut un instant. La che-mise fut brûlée et la cire arrosa le pavé, sans que la femmefût atteinte et l'on prononça deo grattas. »
Dans l’épreuve de l’eau, l’accusé devait retirer avec lamain une pierre ou un anneau du fond d’une chaudière.D'autres fois on le jetait dans un bassin d’eau froide. S’ilsurnageait, il était déclaré coupable; innocent, dès qu’ilallait au fond. C’est probablement un reste de superstitionpaïenne, qui attribue à l’eau la propriété de rejeter ce quiest impur.
Comme les sorciers au seizième et au dix-septième siècle,furent surtout soumis à ce traitement, il reçut le nom depreuve de sorcier.
Le jugement par la croix forçait les accusateurs et lesaccusés à se tenir immobiles, les bras en l’air, devant unecroix; tant pis pour celui qui laissait tomber ses bras oufaiblissait. On se tirait plus facilement de l’épreuve de labouchée, où il suffisait, pour prouver son innocence, demanger facilement le morceau de pain bénit ou de fromageque l’on vous plaçait dans la bouche. Pour les cas de meur-tre, l’individu soupçonné touchait le cadavre du mortétendu sur la bière, et si la blessure recommençait à saigner,il était déclaré coupable. La chronique suisse de DieboldSchilling (J), nous en fournit un exemple. Un paysan, JeanSpiess, fut accusé d’avoir étranglé sa femme. Soumis àl’épreuve, pendant deux heures, il tint deux doigts de lamain droite sur le cadavre. Au bout de ce temps, le sangcoula, et le meurtrier avoua son crime.
Il est évident que la ruse et la fourberie modifièrent sou-vent les résultats du jugement de Dieu. Gottfried, de Stras-bourg, dans le joli poème de Tristan, où il nous décrit com-
(i) Publiée pour la première fois en 1861.