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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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OMBRE ET LUMIÈRE

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ber dans une illusion fatale que de regarder les égarementsdont nous allons parler comme des accidents isolés du corpssocial, tandis que ce sont, au contraire, les symptômes duvirus mortel qui le dévore. Assurément les éruptions decette maladie intérieure sont provoquées souvent par lamisère, mais il ne faut pas croire que le paupérisme soitl’unique source du crime.

Ne voyons-nous pas le scandale éclater dans les classesaisées et même dans les régions supérieures avec plus debrutalité que dans les classes pauvres? Il y a là évidem-ment un obstacle qui s’oppose au progrès de la civilisation.

La statistique criminelle du dix-neuvième siècle dénonceen Allemagne, dans la classe aristocratique, une corruptionégale à celle qu’ont révélée en France l’affaire Praslin et enBelgique la procès Bocarmé. Que si l’on prétend que nosseigneurs n’ont rien de tel à se reprocher, nous répondronsen citant le divorce scandaleux du comte de Hatzfeld et cegentilhomme saxon qui mutila le fils unique de son frèrepour assurer à lui et à ses descendants tout l'héritage pa-ternel.

La vie bourgeoise, celle même des champs n’ont pas étéà l’abri de cette décomposition morale, témoin le dramede Feuerbach (1821), où l’on vit un père assassiné par sesfils ; témoin encore le pasteur Riemhauer (Bavière) qui, ca-chant son avarice et son immoralité sous le masque de ladévotion, parvint à commettre les meurtres les plus atroces;enfin, à la même époque, un étudiant en théologie, de laSaxe, se rendait coupable de plusieurs assassinats. Parmiles nombreux procès criminels qui ont signalé les trentepremières années du siècle, il nous suffira de citer celui deFonk et Harnacher, à Cologne, le meurtre du bourgmestreKeller, à Lucerne, les voluptés sanguinaires du « tailleur desfUes, » Bertle, à Augsbourg, le vicaire Brehm, qui égorgeason propre fils, et le saint de Rentlingen, dont le crime fiqcélébré par une des plus belles chansons de nos ménétriers.