T,'APOGÉE.
EN FRANCE.
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II
La route n’a pas lieu sans encombre. Pierre arrive à Dun-kerque, le 21 avril 1717, avec une suite de cinquante-septpersonnes. Cet entourage nombreux est pour ses hôtes unepremière et assez embarrassante surprise. Le Tsar avait pré-tendu voyager dans le plus strict incognito, et les frais de récep-tion ont été calculés en conséquence. La fatalité veut encoreque les premiers débats entre les ministres de l’auguste voya-geur et M. de Liboy, gentilhomme ordinaire de la maison duRoi envoyé à sa rencontre, portent sur une question piteuse degros sous ! Sa Majesté Tsarienne ne consentirait-elle pas à rece-voir une somme fixe pour son entretien pendant le séjourqu’elle s’est proposé de faire en France? On irait jusqu’àquinze cents livres par jour. Cette façon de solder les fraisd’hospitalité est de règle, à cette époque, pour les envoyésétrangers venant en Russie ; la proposition n’a donc en elle-même rien d’inconvenant. Kourakine, pourtant, se récrie etréduit de Liboy au silence, mais aussi au désespoir, car lescrédits du malheureux agent sont limités, et il aperçoit, dansla maison de Sa Majesté, un coulage énorme. « Sous prétexte« de deux ou trois assiettes qu’il prépare tous les jours à son« maître, le chef de cuisine enlève la valeur d’une table de« huit couverts en viande et même en vins! » Libov essaye deréaliser une économie « en rompant le souper » . Protestationgénérale des seigneurs russes et de leurs domestiques. Et lenombre en augmente ; ils sont bientôt quatre-vingts ! Parbonheur, on s’est ravisé à Versailles, et de nouvelles instruc-tions du Régent laissent à son représentant les coudées plusfranches. On ne regardera pas à la dépense, pourvu que leTsar soit content. Mais contenter le Tsar n’est pas chose aisée.De Liboy découvre dans son caractère « des semences de