PROCÈS ET MORT DE MARIE STUART
ARIE STUART, fille unique de Jacques V, Roy d’É-cosse, et de la sage Marie de Lorraine, petite-fille de latrès-vertueuse Antoinette de Bourbon, née en Écossel’anne'e i5q2, le i3 de de'cembre, le jour de Sainte-Luce, est, àmon avis, une Reyne qui a égalé l’excès de ses de'sastres à lahauteur de sa gloire, et il semble que sa vie ne soit autre chosequ’un the'âtre tendu de deuil et couvert de sang, où la re'volutiondes choses humaines joue d’e'tranges trage'dies. Jamais la Naturene fit naître plus de beautés, ny la grâce plus de merveillesen une personne de cette condition ; jamais le sort ne traitaplus rigoureusement une teste, que le Ciel avoit fait naîtrepour porter trois grandes couronnes.
Elle perdit son père huit jours après sa naissance, fut amendeen France à l’âge de cinq ans et nourrie en la cour de Henry II etde Catherine de Médicis, qui l’aimoient uniquement. C’étoit en-core un petit bouton de rose, qui tenoit ses grâces enferméesdans la première enfance; mais comme Elle vint à se produireavec l’âge, on vit une Princesse, descendüe du sang de plus decent Roys, qui avoit un corps formé des mains de la beauté,un esprit net, un jugement ferme, une haute vertu, et unegrâce de parler incomparable. Tout cela fit résoudre Henry IIà la donner pour femme à François, son fils, qu’Elle épousaà l’âge de quinze ans, n’étant pas beaucoup plus âgé qu’Elle.
Tout rioit aux rayons de cette aurore, et il sembloit que lafélicité devoit verser ses faveurs à pleines mains sur un mariagequi avoit été noüé dans le Ciel, pour tirer l’approbation de toutela terre.
Mais qui pourroit sçavoir les secrets que la Providence nouscache dans son sein, ou qui auroit assez de larmes pour déplorerl’état des grandes fortunes, lorsqu’elles sont abandonnées, commeau pillage, à de grandes misères? Le petit Roy François, n’ayant