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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
en campagne pour faire la guerre au Roy. Ayant été mal se-conde', il fut contraint de se retirer en Angleterre, où il com-mença les desseins de perdre sa sœur.
Il avoit à la cour d’Écosse un comte de Morton, qui e'toit un autreIuy-même, auquel il donna la commission de jetter la pomme dediscorde dans le mariage du Roy et de la Reyne, ce que celui-cyexécuta avec un artifice incroyable; et y trouvant de'jà quelquedisposition par le refroidissement des affections, il persuada àLennox « qu’il n’c'toit Roy seulement que de nom, puisque la» Reyne signoit la première aux Edits, et ne permettoit pas qu’un» autre visage que le sien fût grave' sur les monnoyes; qu’il» falloit nécessairement s’emparer de la tutelle de cette impérieuse» femme, et la remettre sous la loy de la nature, qui ne permet» pas à son sexe de commander à un mary ». D’autre part, ceforgeron d’iniquitez, allumant deux fournaises du meme souffle,ne cessoit d’embraser le cœur de la Reyne par ses plaintes, luydisant « qu’il falloit châtier ce jeune te'me'raire, et retenir toute la» souveraineté de son côté ; autrement, que ses passions déréglées» voulant partager une couronne, l’ôteroient à tous deux et» mettroient tout en confusion ».
Cela faisoit que Marie, animant son cœur d’un courage viril,jouissoit des droits de sa naissance et régnoit avec une pleineautorité.
Ce nouveau mary, qui de sujet e'toit devenu Maître, ne peutporter avec modération le changement de sa fortune, et tient déjàplus de l’empire que de la complaisance. La Reyne aussy, quidésiroit être reconnue comme l’ouvrière de son bonheur, nevoulant pas perdre le nom de Maîtresse en prenant celuyd’Épouse, se dégoûta de son importunité, différa son couron-nement, et luy donna peu de part aux affaires du Royaume. Elletraitoit ordinairement avec David Riccio, son secrétaire, hommeâgé et prudent, qui posse'doit son oreille et sa bienveillance avectoute honneur, vu qu’Elle le chérissoit plustôt pour la nécessitéde ses affaires que pour autres attraits qui fussent en luy, étantassez disgracié de corps, comme ont écrit ceux qui l’ont pu voir.Mais la médisance des Puritains, qui fait flèche de tout bois, nelaissa pas de faire glisser quelques mauvais discours là-dessuscontre l’honneur de Marie, quoyque ce fût la chose la plus in-croyable et la plus ridicule du monde.
Aussy Cambden, le plus sincère des historiens de la Religion