HISTOIRE DES AMOURS DE HENRY QUATRIESME I g3
de sa maison, près de celle où demeuroit la Duchesse, et sonadresse, firent, que le Roy luy donna cette commission, et illa prit, pour s’en prévaloir luy-mesme, sy la Duchesse vouloitl’escouter, ce qu’il ne croyoit pourtant pas. 11 fit néanmoins sybien, que contre le dessein qu’elle avoit fait, il la fit venir à laCour, où le Roy apprit luy-mesme que cette entreprise n’estoitpas facile, aussy ne la poursuivit-il pas davantage.
Le duc de Guise estoit alors sy amoureux de la Marquise,qu’il luy promit de l’espouser, et elle voulant se prévaloir de sapassion pour renflammer le Roy, qui la négligeoit un peu, oupour parvenir en effet à ce mariage, ht proclamer des bans entrele Duc et elle, en changeant un peu les noms. Cela estant venuaux oreilles du Roy, il en fut en grande colère contre les deux,mais plus contre le Duc, de qui les parens firent tant de bruit,accusant la Marquise d’avoir fait cette action d’elle-mesme sansson consentement, et pour le brouiller avec le Roy, que la chosen’alla pas plus loin, et le Duc, se retirant en son gouvernement,assoupit cette rumeur. Mais comme le Roy ne pouvoit vivre sansquelque amour nouvelle, la Reyne ayant repris la volonté delaire le ballet desjà proposé, entre les Dames nommées pour enestre, l’incomparable Mademoiselle de Montmorency fut l’uned’elles. Elle estoit sy jeune alors, qu’elle ne faisoit quasy que desortir de l’enfance. Sa beauté estoit miraculeuse, et toutes ses‘actions sy agréables, qu’il y avoit de la merveille partout. LeRoy, la voyant danser, un dard à la main, se sentit percer lecœur sy violemment, que cette blessure luy dura aussy long-temps que la vie. Il faudroit un volume entier pour racontertous les incidens de cette amour, que la mort de ce grand Princetermina, ayant esté tue' misérablement parmy les siens, dont ilestoit aymé jusques à l’adoration.