CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SEGUIER
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LETTRE DE M. DE MONTBRUN (i)Monseigneur,
Le silence est blasmable alors que la parole est ne'cessaire, etestant attache', comme je le suis et comme je doibs l’estre, auservice du Roy et à l’observation de vos commandemens, je nepuis vous taire ce qui se passe au pais de Rouergue, dans monproche voysinage, et dont l’exemple est de'sià ge'ne'ralement regarde'de tous les peuples voysins, à qui la grande et incroyable misèrepeut donner de très-mauvais conseils, qui ne pourroient estresuyvis que de leur ruyne entière. Monseigneur, je crois que vousaurez sçeu ce qui arriva, il y a huit jours, dans Villefranche àMonsieur de La Terrière, intendant de la justice en ceste pro-vince de Guyenne, de qui, par des prières et remonstrancesarme'es, une troupe esmeüe et compose'e de deux ou trois milpersonnes arracha des ordonnances selon leur intention dans lecouvent des Cordeliers, où il s’estoit retire'. Il falloit qu’il calastvoile, et que sa prudence ce'dast à la force. Monseigneur, du depuis,ceste bande ou assemblage de soldatesque et peuple arme' a fortgrossy en roulant, puisqu’il est certain que de tous endroits dece bailliage (qui est de grande estendue) on a accouru en très-grand nombre et en armes à Villefranche, pour y advoüer etsoubscrire les mouvemens commencez. Ils protestent, Mon-seigneur, de vouloir payer exactement les deniers du Roy et den’en vouloir qu’aux partisans, à cause, comme ils disent, de leurextresme pauvreté' et de leur impuissance incroyable. Le mal estfascheux en sa source, et très-dangereux en sa course ou progrès.Monseigneur, je ne suis pas homme que les phantômes effrayent,et j’en parle sans autre inte'rest que celuy du service du Roy,mais cognoissant la langue et le pais, je crains, avecq de visiblesconjonctures, que le trouble est de'sià tel et la rage sy extresmede ces gens-là, que non-seulement les sages seroient de'sormaisbien empeschez de mode'rer, par discours ou par adresse, cestese'dition, mais aussy ceux qui ont authorite' et commandementne le sçauroient faire par des simples menaces. Cependant, quel-ques-ungs, qui se font de feste et qui peut-estre, en partie, jettent
(i) Dossier n° 114, tome III, pièce 47.