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Tome I.
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LES DESSOUS DE L HISTOIRE

LETTRE DU DUC D’ÉPERNON (i)

Monsieur,

Depuis ma dépesche faicte, ung nommé Grimard, cy-devantconseiller en la Grand’Chambre du Parlement, qui a laisse' sonoffice à son fils, auquel il a aussy achepté la commission dePrésident aux Enquestes, m’est venu voir accompagné de sondit fils, auquel parlant en présence de l’autre et-disant doul-cement et amicalement à son fils que je ne croyois pas quel’arrest du Parlement donné hier sur le faict du convoy necausast dommage au Roy et à ses subietz, et qu’il pourroitdonner occasion à Sa Majesté d’envoyer des gens de guerre auquartier d’hiver dans ceste province, et que peut-estre ils lo-geroient chez luy comme chez les autres, puisqu’ils excitoientla colère de Sa Majesté, qui donneroit lieu à des logemens degens de guerre. Il m’a respondu avecq beaucoup d’insolencequ’il tueroit ceux qui auroient ordre de loger dans ses maisons,et comme ce discours est insolent et insupportable, je luy ay ditque s’il avoit le courage d’entreprêndre une action sy contraire àl’authorité royale, je le poignarderais quand on ne le ferait pasmourir par justice, feust-il entre les bras de tous les Princes dela terre. J’advoüe que j’ay eu bien de la peyne à me contenir,me contentant de le chasser honteusement de ma maison et deluy faire cognoistre qu’il est un vieux fol. Je ne l’ay pas vouluarrester pour ne causer point de sédition, mais je l’ay menacéseulement. Ce vieux homme n’est pas bien sensé, mais il estinsolent, et cela vous peut faire cognoistre de quel esprit sonttous ceux de la ville et de la province, et combien les exemplesde Paris les esmeuvent. De quoy j’ay voulu vous donner advis,vous asseurant, Monsieur, que je feray bien tout ce que je doibs,mais qu’il est quasy impossible que les peuples demeurent dansla modération. C’est à vous à songer de nous donner les moyensde réussir pour l’authorité de Sa Majesté, le bien de son Estât etle repos public, à quoy je contribueray tout ce que peut et doibt,Monsieur, vostre très-humble et très-affectionné serviteur,

Le duc d’Espernon.

De Bourdeaux, ce 5 septembre 1648.

(1) Dossier n° 87, pièce 29. Autographe.