Buch 
L' Amiral de Coligny et les guerres de religion au XVIe siècle / par Charles Buet
Seite
36
JPEG-Download
 

36

l’amiral DE C0L1GNY

exercée par le protestantisme en Europe, et particu-lièrement en France, il faut examiner quelle était lasituation politique de ce royaume, déjà déchiré, auxsiècles précédents, par tant d’invasions étrangères,de factions et de luttes, épuisé par la guerre de Cent-Ans, sauvé par Jeanne d’Arc, reconstitué par la sa-gesse, la patience et l’inflexible volonté de Louis XI,qui mourut ayant la douleur de laisser son œuvreinachevée entre les mains d’une femme et d’un enfant.

C’est au livre trop peu connu de M. Y. de Chalam-bert que nous emprunterons ce tableau, tracé d’unemain ferme, et dont les idées larges et libérales nesont point en retard sur les nôtres.

« La Monarchie française, dit-il, avait été sans cessese modifiant et se transformant depuis son origine. Aucommencement du seizième siècle, sous François 1 er ,elle était devenue presque absolue. Mais ce prince, sijaloux qu’il eût été d’accroître son autorité, n’avait pudétruire entièrement les anciennes institutions, et leclergé, la noblesse et la bourgeoisie jouissaient encorede nombreux privilèges.

« Le clergé avait perdu le droit d’élire aux évêchéset aux charges ecclésiastiques, mais il avait conservéd’autres immunités de diverses natures, qui suffisaientpour garantir l’indépendance de son ministère. De plus,son autorité spirituelle, un moment ébranlée par lesattaques des prétendus réformateurs, s’était prompte-ment raffermie, et avait même grandi dans l’épreuve.

« La noblesse n’avait plus la puissante organisationféodale des temps passés, mais il lui restait encore dehautes prérogatives ; c’était entre ses mains que repo-sait la principale force militaire de la nation. Les rois,depuis Charles VII, soldaient, il est vrai, de leurs