L AMIRAL DE COLIGNY
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ayant fait marché avec le duc d’Aumale pour l’assas-siner. Quand Le May fut mis en jugement, il prétenditque c’était l’amiral, au contraire, qui lui avait proposéd’assassiner la reine mère, et qu’il ne l’accusaitaujourd’hui que pour se venger de son refus.
Cette affaire ne paraît pas fort claire; mais il est cer-tain, en tout cas, que l’amiral reçut satisfaction,puisque Le May fut condamné au supplice de la roue (1).
Quoi qu’il en soit des apologies diverses de Colignyet de ses complices, et malgré l’arrêt de Moulins,rendu sous l’influence de graves perturbations poli-tiques et dicté par la raison d’État, nous n’en persis-tons pas moins à affirmer que l’amiral de Coligny estcoupable du meurtre de François de Guise.
Tout l’accuse, même sa triple et maladroite plai-doirie, même la sentence arrachée à la faiblesse du roiet de la reine mère.
Sans doute, il n’a pas ordonné à Poltrot de Méréd’assassiner son ennemi, mais il lui a fourni lesmoyens d’accomplir son crime, il lui a donné del’argent, des armes, un cheval. Il a dit devant luiet devant d’autres qu’il ne désirait rien au monde quede voir disparaître le chef des armées catholiques,et que celui qui le tuerait rendrait à la cause de laRéforme le plus important service.
Il a recueilli les fruits de cette lâche embuscade,comme il a lâchement abandonné le traître fanatiqueauquel il désignait une proie, sans lui inspirer enmême temps la salutaire terreur de l’échafaud.
Coligny, que nous avons vu fauteur de rébellion,
(1) Caraman-Chimay ; Gaspard de Coligny .