256
l'amiral de coligny
« elle donnoit à connoistre qu’elle avait brisé les« liens et secoué le joug de la captivité du Pape. Au« milieu de chaque pièce, il y a une histoire du Vieux« Testament qui ressent la liberté et comme la déli-te vrance de Suzanne, la sortie du peuple de la captivité« d’Egypte, l’élargissement de Joseph. Et à tous les coins« il y a des chaisnes rompues, des menottes brisées,« des strapades et des gibbetsen pièces, et par dessus en« grosses lettres, ce sont ces paroles de la II e aux Corin-« thiens, chap. ni : Ubi spiritvs, ibililerlas. Pour montrer« encore plus clairement l’animosité qu’elle avoit conçue« contre la religion catholique, et nommément contre le« sacrifice de la messe, ayant une très belle et excellente« pièce de tapisserie faite de la main de Marguerite, sa« mère, et craignant qu’elle ne se laissât cajoler par les« ministres, en laquelle estoit broché parfaitement le« sacrifice de la messe, et le prestre qui montroit la« saincte hostie au peuple, elle arracha le quarreau qui« portoit cette histoire, et au lieu du prestre y substitua« de sa main un renard, lequel se tournant au peuple et« faisant une horrible grimace, et des pattes |et de la« gueule, disoit ces paroles : Dominus vobiscum'( I). »
Au moment où ce débordement de pamphlets, delibelles et de caricatures traduisait l’exaspération desesprits, car ces sortes de productions poussent, entemps de révolution, comme les champignons sur lefumier après la pluie, Charles IX n’avait que vingt-deux ans.
M. Loiseleur a tracé de ce prince un très beauportrait, qui rend très bien la dualité de son étrangecaractère :
( 1 ) Garasse : la Doctrine curieuse. Paris, 1623 .