l’amiral de coligny
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favorables pour agir, une étonnante rapidité de déci-sion, une extrême aptitude au maniement des affaires.Mais ces magnifiques qualités, relevées peut-être enapparence, étaient plutôt altérées, au fond, par uneinsatiable avidité de gloire, d’autorité, par des penséestrop vastes, plus susceptibles de s’exalter dans le pré-sent que capables de prévoir judicieusement l’avenir.Enfin l’ambition dominait trop aveuglément Henri deLorraine, dont les richesses allaient être employées,comme instruments serviles, aux desseins qu’elle luiinspirerait. L’opinion générale le réputa même « le plusgrand usurier du royaume parce qu’il n’y avoit personnequi ne lui dût, et que son argent lui acquéroit tous lescœurs. »
Aussi lorsqu’un jour le roi demanda : « Mais quefait donc le duc de Guise pour enchanter tout le monde?— Sire, répondit un courtisan, éclairé et franc dansson langage, il fait du bien à un chacun; où ses bien-faits ne vont pas directement, ils y arrivent parréflexion; quand il n’a pas d’occasion d’obliger par deseffets, il oblige par des paroles; il n’est point de festequ’il ne célèbre, point de baptême où il ne soit parrain,point d’enterrement où il n’aille; il est civil, humain,libéral; il caresse tout le monde, ne parle mal de per-sonne; en un mot, il a l’éclat et l’autorité de Roy. »
L’adversaire acharné du jeune duc de Guise, surlequel il reportait toute la haine, haine farouche etinextinguible, qu’il avait vouée au père, était Coligny.Nous savons ce qu’était l’amiral : voyons seulementcomment le jugeait l’ambassadeur de Venise peu demois même avant l’heure de cette mort que Catherinedevait se charger de régler :