Buch 
L' Amiral de Coligny et les guerres de religion au XVIe siècle / par Charles Buet
Seite
323
JPEG-Download
 

l’amiral DE C0L1GNY

323

Voici le bulletin qui accompagnait cette lettre :

Le 22 août 1572, sortant l’admirai du Louvre, à Paris,vers la maison, pour disner, lisoit une lettre ; et, en passantpar devant la maison d’un chanoine qui autrefois avait estéreceveur du seigneur de Guise, fust tiré d’une arquebousadechargée de quatre balles, avec laquelle on lui emporta ledoigt près du poulx de la main droicte, et la main gaucheà la palme de la main passant par le bras, luy rompanttous les os, vint sortir deux doigts plus hault pour lecoulde. De cette maison la porte de devant estoit serrée, etcelle de derrière ouverte, où il y avoit un cheval d’Espagne,sur lequel se sauva celui qui l’avoit blessé. Quand l’ad-mirai se sentit blessé, avec ses huguenots délibéra de tuerle roy et messieurs ses frères et la royne, disant que cemal venoit par.eulx, détermina incontinent joindre nij mhommes aux faulbourgs Saint-Germain', laquelle choseestoit facile de faire toutes les fois qu’il eust voulu ; maisil ne le peult s’y secrètement exécuter que le roy et laroyne le sceurent; car ayant l’admirai mandé le roi deNavarre à son logis, luy tint telz ou pareils propos : Mon-seigneur, je croy que vous sçavez combien gay esté serviteur àmonseigneur votre père et à feu monseigneur votre oncle leprince de Condé; et comme je désire persévérer en. la mesmebonne volonté en votre endroict, comme estant maintenantblessé à la mort (car les balles estoient empoisonnées),'je suisdélibéré faire mon testament avant mourir, et vous laisser leroyaume de France pour héritage, et lui descouvra les moyenspar lui apprestés.

Aiant le roi de Navarre entendu le tout, retourna à sonlogis, où estant fort triste et mélancolique, prevoiant legrand désastre do son frère le roy et aultres, fut tellementsollicité de par sa femme, qu’il luy déclara incontinent cequ’avoit délibéré le dit admirai; ce que par elle entendu,après plusieurs remontrances de s’abstenir de souiller ses