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Tome premier.
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Entremont et aux portes de Chailles, d’im-menses parois de rochers dont les brisuresverticales sont revêtues çà et là de quelquesfleurs qui s’accrochent aux saillies; au fond,l’eau grise , rapide et bruyante , tournoie au-dessus d’un gouffre ou rejaillit en écumecontre les blocs détachés de la montagne.En deçà ou au-delà de ces précipices infran-chissables dont la plume ne peut rendre lasauvage grandeur, on trouve avec surprise delarges vallées, de souriants paysages, desabris ensoleillés sur la lisière des grands bois,des villages, des châteaux, des villes, (ihosesingulière, et. qui pourtant s’explique par lecalme relatif dont jouirent autrefois ces valléesà l’écart des grandes voies par où les soldatset les marchands traversaient les Alpes, ce côtéde la Savoie fut le seul que choisirent les fon-dateurs d’abbayes et les pieux cénobites quise retiraient du siècle.

La Savoie, pas plus que la Suisse, ne peutse peindre par des mots; il faut étudier cemagnifique chaos sur les cartes de l’état-major ; puis, à pied, suivre ces vallées om-breuses, gravir ces vertes montagnes.

De l’admiration de ces merveilleux paysagessavoyens 1 à l’étude des faits qui ont pétri cesmasses calcaires, jeté çà et là ces pics de

1 La Savoie était fort mal connue avant qu’un plébiscite l’eùtnaturalisée française. On attribuait à la Suisse la vallée deChamonix, de même qu’on accuse le Rhône des crues subitesde l’Arve; etc. En 1741, le voyageur anglais Pocock visita lavallée de Chamonix et, par une singulière aberration de vaniténationale, le géographe Murray (1839) reproduisait l’erreur del’Allemand Ebel 11793) qui supposait que ce pays, oublié surles cartes quoiqu’il fût à dix-huit lieues de Genève, n’était,civilisé que depuis l'exploration de 1741.