Band 
Tome premier.
Seite
109
JPEG-Download
 

— 109 —

274-313

le plus souvent réduit aux conjectures. Par unesérie de faits, dont il est aisé de se rendrecompte, l’histoire ecclésiastique a seule sur-vécu; c’est dans les annales de l’Eglise qu’ilfaut chercher, à cette époque, la politique,les arts, les derniers trésors d’une civilisationraffinée qui s'écroule sous son propre poids.

Les deux grandes villes des Allobroges,Genève, qui servait d’entrepôt, grâce aux com-munications faciles et peu coûteuses du lac etdes fleuves, aux marchandises des Italiens etdes Belges, Vienne, ville de plaisance et deloisir, à côté de l’active et populeuse cité deLyon, avaient des temples célèbres, des jeux,des assemblées, des rhéteurs et des poètes,tandis que Paris, ou plutôt Lutèce, n’étaitencore qu’une triste bourgade, perdue dansles bois et les marécages, froide et sombre,et où, suivant l’empereur Julien qui l’habitadans sa jeunesse, on parlait un langage assezsemblable au croassement des corbeaux, leceltique. La Gaule, dont le nom Gaël veut direforêt, méritait cette appellation primitive ; lessolitudes boisées où erraient quelque troiscent mille affamés, enveloppaient de silenceles cent trente cités pleines de bruit et devertige, où les cavaliers d’Attila vont se pré-cipiter en furieux. Chambéry n’existait pas ;quelques bourgades, Aix (Aquæ GratianæJfréquentée par les malades et les oisifs, Aoste(Augustum) au pied du dernier contrefort desAlpes, Moûtiers (Darantasia), Aime (Axima),Aoste (Augusta-PrætoriaJ, Suze (Segusium),etc., sur les grandes voies militaires, conser-vaient une importance relative. Mais le vald’Isère, le Graisivaudan,n’étaient que de vastes