Band 
Tome premier.
Seite
353
JPEG-Download
 

— 353 —

1348

nombre des morts doubla. Les troupes de men-diants, qui croyaient échapper à la peste noireen fuyant l’anathème, se répandirent dansla vallée du Rhin ou pénétrèrent par laBourgogne jusque dans la vallée du Rhône,se flagellant par les chemins en psalmodiantdes chœurs lugubres ; on eût dit le retour desépouvantes de l’an mil. A la lin du siècle,Albert Dürer résumait ces impressions dansune image célèbre : Melancholia. En France,les Pastoureaux, ameutés par la misère et lefanatisme, courent les provinces 1 . La Savoie,pays de bon sens, qui avait écarté par le ferl’hérésie des fraticelti piemonlesi, ne se pas-sionna ni pour les excès mystiques des Alle-mands ni pour les prédications folles des Pas-toureaux; mais elle imita avec une sorte dejoie sauvage les atrocités dont on poursuivitles juifs, ces éternels parias. La population deChambéry força les syndics à exiger du Comte-Verd qu’on fit une enquête contre les empoi-sonneurs ; on demanda à Grenoble la copie desactes de procédure dressés contre les juifs duDauphiné dans une occasion semblable 2 , et leprocès s’instruisit. Les fureurs de la populacedevancèrent le verdict des juges. Les juifs, in-ternés d’abord dans un faubourg de Montmé-lian, furent ramenés à Chambéry et enfermésdans les prisons ; le lendemain (2 décembre1348), on les y massacra. Ceux qui réussirentun instant à s’échapper, traqués par les gens dejustice, saisis, traînés devant un tribunal quitremblait lui-même aux clameurs de l’émeute,

1 Mazure. Manuscrits du XIV e siècle de la Bibl. de Poitiers.

1 AR. CH. C. Compte de G. Solerius, chancelier de Savoie.

23