1439-1440
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du siècle, en fut aussi la plus capricieuse et laplus prodigue*. Le charme de sa parole, sa grâcenaturelle, lui gagnèrent d’abord tous les cœurs;mais la complaisance même de ces séductionsen devint l’excès. Impatiente de contradiction,elle se piqua d’écraser ses ennemis plutôt quede les séduire ; maniant avec une incroyabledextérité les affaires les plus délicates, elles’abaissa à de vulgaires intrigues et dépensason génie à des riens ; un sourire, un mot,suffisaient à lui ramener les esprits les plusprévenus, et cependant elle ignora toujoursl’art d’adoucir les froissements, de guérir cesdéfiances cachées qui souvent tiennent ensuspens les solutions les plus graves. Tropindulgente à qui battait ses goûts, prenantl’entêtement pour de la force, se croyant géné-reuse parce qu’elle était prodigue, héroïqueparce qu’elle était impnidente, elle abusa del’affection de son époux, tint en mépris cecaractère indécis et timide, fit litière à sesfavoris des dignités et des revenus de l’Etat, etcompromit à la fois le prince et la nation en lesrendant responsables des tempêtes que sou-levaient ses propres fautes. Anne de Chyprene possédait ni l’austère énergie qui conduitau gouvernement de soi-même, ni cette disci-pline des sentiments qui prend sa source dansla conscience du devoir. Toute à ses frivolités,à ses intrigues, à ses rancunes, elle s’épuisadans une lutte sans grandeur, et ne réussit àrien pour n’avoir écouté que son orgueil.
1 Elle avait en 1435 une robe de satin pers pour les four-rures de laquelle on acheta 700 pances de menues vairs à 3écus la pance (Compte de Michèle di Ferro).