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Tome premier.
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changé de prison. Le roy la fit bien traiter,quoi qu’il eust grande envie d’en estre dépesché;elle de son costé qui connaissait moult l’humeurde son frère, ne désiroit pas moins de s’en re-tourner vers Savoye et Chambéry , racontent,dans des récits pleins de verve et d’humour,Gomines et Olivier de La Marche. La Savoiese trouvait dans une des situations les pluscritiques de son histoire : enveloppée d’enne-mis, au midi le duc de Milan, au nord le ducde Bourgogne, à l’ouest le roi de France; larégente prisonnière avec ses tils; des soldatsétrangers dans ses citadelles; le pouvoir auxmains de princes égoïstes; le désarroi dans lesfinances et l’incertitude dans l’esprit public.Le tiers-état sauva une fois de plus le pays.Ses lenteurs calculées, ses ajournements réité-rés, le peu d’empressement des syndics et desmagistrats à voter des solutions irrévocables,firent gagner un an. La chute du duc Charlesallait délivrer la Savoie d’un ennemi acharné,et les querelles des partis devaient reculer desix années l’occasion, impatiemment guettéepar le roi, de brusquer l’annexion. C’est peut-être le seul exemple d’un pays sauvé par laguerre civile de l’ambition de l’étranger.

Bientôt Louis XI jugea nécessaire de per-mettre à la duchesse Yolande de rentrer dansses Etats, non pas qu’il eût quelque regret dela maltraiter, mais parce qu’il se fiait encoreplus à sa sœur qu’à ses compères de Chambéry,de Genève et de Turin. Philippe de Cominesreçoit la mission de reconduire la princesse, etce choix du roi, rapproché de celui qu’avaitfait le duc Charles d’Olivier de La Marche,quelques mois plus tôt, prouve combien les