— 233 —
1602
gers dans toute la région du lac 1 . Les écri-vains protestants, soit qu’ils aient ignoré lesens exact des cérémonies du jubilé, soit qu’ilsaient voulu croire que les vœux mystiquescachaient un serment atroce, ont considéréle bref de Paul V et l’agrégation des pèle-rins à la confrérie de Notre-Dame de Com-passion comme les preuves irrécusables ducomplot contre Genève' 2 . Les-gens prévenusdonnent aux faits les plus simples des propor-tions étranges et imaginent après coup desrapprochements souvent aventurés. Il est pos-sible qu’on se flattât de rendre la conversionde Genève plus prompte et de simplifier sa
1 Le jubilé dura du 12 ruai au 15 juillet. Il vint à Thononplus de cent raille pèlerins des provinces voisines. Plus de180 processions ne craignirent pas de traverser la ville de Ge-nève et d'y loger, avec la permission des magistrats ; les unesétaient de 500, les autres de 1,000 et jusqu’à 3,000 personnesde tout sexe. Entre celles qui passèrent par Genève, celle deNantua se présenta avec la croix à la porte de la ville, à laquelleon fit insulte ; mais le magistrat, en ayant eu avis, ordonnaqu’on la laissât passer moyennant qu’on couvrît la croix et lesautres marques plus apparentes delà religion catholique. Cellede Belley y passa aussi et donna des marques d’une grandedévotion. Celle de Montluel eu Bresse entra dans la ville lecrucifix découvert, et on ne lui fit aucun déplaisir que de l'obli-ger à le couvrir et à le porter baissé. La procession de Saint-Claude entra avec 900 pénitents en habits blancs, le cierge à lamain, suivis de soixante prêtres en chape portant des calices etreliquaires, suivis de la noblesse et d’une foule de peuple,chantant les litanies. On leur accorda le passage par la ville etle logement, à la condition qu’on voilerait croix et bannièreset qu’on ne chanterait point. (Hist. des missions des Capucinsde Savoie d'après les mss. de 1057 et 1680 — Chambéry. 1867.— page 97.) Ce récit est d’accord avec les registres du Conseilde Genève ; voir notamment les délibérations des 12 avril,18 mai et 25 juin 1602.
2 Melchior Goldast (Saluslii , etc.. Carolus-Âllobrox. 1603).Gaherel (Ilist. de l'Eglise de Genève. II. 475), et les réfutationsde l’abbé de Baudry (1852) et de l’abbé Fleury (1864).