1536-1631
— 322 —
nacité patiente des uns, l’insolence hardie desautres. Et le paysan qui laboure, sème, mois-sonne à la liàte, l’œil et l’oreille au guet, avantque l’homme d’armerie, toujours en chasse,n’ait tué ses bœufs, mangé son grain, foulé sonblé; et ces couvents, asiles où Luther vient dejeter la torche; et ces gentilliommes vêtus dedrap d’or, ces dames couvertes de perles, depoint de Venise, de brocart des Indes, qui s’éta-lent somptueusement au soleil des carrousels etne possèdent au fond de leurs châteaux ni lamoralité du montagnard des Alpes, ni l’exquisepropreté de la bourgeoise de Hollande 1 . Avecces tableaux sous les yeux, le lecteur prend auxabstractions de l’histoire un intérêt plus vif ; ildevine ce qui se cache confusément derrièretant de splendeurs et de gloires.
Un édit de 1560 interdisait le port d’armesapparentes ou cachées, dagues, pistolets, arque-buses, et ce, attendu les homicides qui se com-meüoient tous les jours. De nombreuses excep-tions furent faites à cette défense et les meur-tres se multiplièrent. Les registres du Sénat,de 1562 à 1580, mentionnent cent trente-cinqlettres de grâce pour homicide par surprise, noncompris les commutations de peine accordées àdes soldats. Les premières grâces octroyées parCharles-Emmanuel le furent à Bernard de Bo-rax pour l’assassinat de Charles Goy, châtelaind’Yenne, et à Scipion de Cordon pour le meur-tre d’Antoine de Montdragon. Le 20 février1584, un édit révoque tous les permis de port
1 Voir dans Saint-Simon ce qu’était, un siècle plus tard, lavie intime des rois. Un commis à 1,200 fr. ne voudrait pas, au-jourd’hui, du logement des Noailles et des Montespan dans lessoupentes de Versailles.