1630-1713
AU —
Je vais essayer, en analysant la législationet en la comparant aux mœurs, d’établir ce quefurent l’esprit, les tendances, les progrès desSavoyens de 1 713; et, s’ils valent mieux queleurs pères de 1516, nous ne ferons, pour notrepart, aucune difficulté d’avouer qu’il y a autantde différence entre notre condition actuelle etla leur, qu’on en pouvait mesurer entre la puis-sance du nouveau roi de Sicile et l’autorité dupremier comte de Maurienne.
L’histoire des individus est comme le fil quisert à tisser l’histoire du pays : foibles, incon-sistants dans leur isolement, ces fils, rattachésles uns aux autres,forment une trame solide surlaquelle les détails de la vie publique se déta-chent avec de plus vives couleurs. C’est souventdans les particularités les plus intimes, disaitle marquis Costa de Beaureganl, que l'on re-trouve le secret de ces grands événements quichangent la destinée des nations. Ce chapitre,composé d’éléments neufs et presque tous iné-dits, est écrit pour les Savoyens restés fidèlesau culte de leurs vieux souvenirs. La société, adit un moraliste chagrin 1 , n’est que le conflitdes égoïsmes que règle le respect apparent desconvenances et de la loi; la force y triompheguidée par la ruse. Triste condition de l’huma-nité si cette appréciation était d’une exactitudeabsolue! L’étude du passé donne une meilleureidée de l’homme, parce qu’on peut mesurer lechemin parcouru ; puis, ne se console-t-on pasdu présent en vivant dans l’avenir? L’espoir,n’est-ce pas le grand asile et le grand levier ?
Interrogeons nos pères. Les scènes de mœurs
’ H. Taine. Estait de critique et d'histoire. 1867.