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1559-1713
et de leur siècle. Comment donc fera l’homme'pour se défaire de cette servitude? Toutes lespromesses du XVI e siècle se sont évanouies, lesunes compromises par l’insanité des essais, lesautres brisées par l’excès de la compression.Il semble qu’avec la liberté de l’action la libertéde l’esprit soit morte. Le clergé, s’effaçant surquelques points trop discutés, succède dans lesvillages à l’influence décroissante de la noblesse,enveloppe le pays tout entier, corps et biens,volontés et consciences, dans un immense etsolide réseau que nul ne peut rompre, car nulne sait où chercher le cœur de ces puissancesanonymes et de ces insaisissables dominateurs.
La contrainte morale est plus pesante quel’obligation du travail, si accablant qu’il soit.Quand un pays est envahi par ce brouillardintellectuel que répand une association d’es-prits intéressés à ce que nul n’ose penser ousentir autrement que comme ils le marquent,c’est un pays perdu. P«ir bonheur, les émigrésde Savoie qui revenaient, à de longs intervalles,visiter leur pays natal ou s’y reposer d’une vieaventureuse, y apportaient les échos du dehors,des idées, des jugements, des ironies ou desnouveautés qui agitaient, émotionnaient nospopulations paisibles, exactement comme ceseaux dormantes qu’on frappe de verges pourles assainir. L’exemple de nos voisins de Ge-nève, de Lausanne, de Sion, où la vivacité dela vie publique ne troublait en rien le sérieuxdes convictions religieuses et les douceurs dufoyer domestique, contribuait aussi à entreteniren Savoie une secrète espérance. Le séjour desarmées françaises, le contact toujours rajeunis-sant de l’esprit gaulois, alerte, incisif, railleur,