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Tome troisième.
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1728-1730

le libre arbitre du chrétien disparait dans laminutieuse ou pesante direction du confesseur ;l’âme ne s’appartient plus. A travers cette ap-parente régularité, que semblent diriger dansle plus bel ordre la volonté du prince, la hié-rarchie des commis et l’inquisition spirituelledes prêtres, l’esprit mondain et l’esprit mo-derne se glissaient pourtant par mille tissures.

Quelles étaient en 1728, en 1730, à Annecy, àChambéry, les lectures d’une femme intelli-gente? Le Spectateur d’Addison, qui popula-risait la morale et la politique par de piquan-tes dissertations ; les écrits un peu lourds dePuffendorf sur les droits de l’homme en société;les fines épigrammes que l’abbé de Saint-Réal dissimulait sous des vieilleries histori-ques; les articles de Bayle;les lettres de Saint-Evremond ; les portraits de La Bruyère ; lesdésolantes maximes de La Rochefoucauld; laHenriade de Voltaire, la Mérope de l’italienMaffei, les stances lyriques et passionnées deMétastase. Nous voici bien loin de la Philothée,de VAstrée , de la Glélie , des petits romansreligieux de l’évêque Camus, et de tous cesmanuels de piété si nombreux au XVII e siècle(et de nos jours), qui amoindrissent les cœursen diminuant les vérités, en abaissant les in-telligences, et dont un éminent prélat a ditspirituellement que, sans être inquisiteur, illes brûlerait volontiers 1 . Si Louise de Warens,nouvelle convertie, pénitente de l’évêque deGenève, Mgr de Bernex, lisait ces pamphlets,ces écrits hardis et libres, on peut supposer

1 Mgr Mermillod, évêque d’Hébron. Sermon sur la vie intel-lectuelle des femmes. (Edit, de 1867. Lyon.)