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TÜRGOT
Maroquin, c’était son autre ami Desmarets; le PetitSaint, c’était Saint-Lambert, — ne s’adressait jamaisà sa nièce Mlle de Ligneville qu’en la nommantMinette. Elle aimait Minette; elle aimait le jeuneabbé de Laulne, comme on appelait alors Turgot, etles deux jeunes gens avaient l’un pour l’autre unetendre amitié. Le bon Morellet s’afflige en pensantque cette intimité n’a pas fini par un mariage. Cemariage, qu’il a rêvé, aurait fait, d’abord, le bonheurdes jeunes gens, il en était convaincu, et ensuite lesien propre. Entre les deux êtres qu’il a le plusaimés, et qui d’ailleurs le lui rendaient bien, il auraitvécu sans être obligé d’aller de l’un chez l’autre, leplus agréablement du monde. « Je me suis souventétonné, dit-il, que de cette familiarité ne soit pasnée une véritable passion; mais, quelles que fussentles causes d’une si grande réserve, il était resté decette liaison une amitié tendre entre l’un et l’autre. »On a voulu transformer les regrets de Morellet,sur ce mariage manqué, en une sorte de problèmehistorique, et l’on a dépensé, pour essayer de lerésoudre, des trésors d’érudition. Beaucoup d’écri-vains s’en sont occupés. Si Turgot a gardé la réserveque Morellet semble lui reprocher et s’il a laissépasser l’occasion d’un mariage si bien assorti, c’est,disent les uns, qu’il était déjà dans les ordres. Telleest du moins l’opinion de Delort, auteur de VHistoirede la détention des philosophes et des gens de lettresà la Bastille. Mais c’est une opinion fondée sur unpremier texte fort contesté, et sur beaucoup d’autres,