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Turgot / par Léon Say
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TÜRGOT

Maroquin, cétait son autre ami Desmarets; le PetitSaint, cétait Saint-Lambert, ne sadressait jamaisà sa nièce Mlle de Ligneville quen la nommantMinette. Elle aimait Minette; elle aimait le jeuneabbé de Laulne, comme on appelait alors Turgot, etles deux jeunes gens avaient lun pour lautre unetendre amitié. Le bon Morellet safflige en pensantque cette intimité na pas fini par un mariage. Cemariage, quil a rêvé, aurait fait, dabord, le bonheurdes jeunes gens, il en était convaincu, et ensuite lesien propre. Entre les deux êtres quil a le plusaimés, et qui dailleurs le lui rendaient bien, il auraitvécu sans être obligé daller de lun chez lautre, leplus agréablement du monde. « Je me suis souventétonné, dit-il, que de cette familiarité ne soit pasnée une véritable passion; mais, quelles que fussentles causes dune si grande réserve, il était resté decette liaison une amitié tendre entre lun et lautre. »On a voulu transformer les regrets de Morellet,sur ce mariage manqué, en une sorte de problèmehistorique, et lon a dépensé, pour essayer de lerésoudre, des trésors dérudition. Beaucoup décri-vains sen sont occupés. Si Turgot a gardé la réserveque Morellet semble lui reprocher et sil a laissépasser loccasion dun mariage si bien assorti, cest,disent les uns, quil était déjà dans les ordres. Telleest du moins lopinion de Delort, auteur de VHistoirede la détention des philosophes et des gens de lettresà la Bastille. Mais cest une opinion fondée sur unpremier texte fort contesté, et sur beaucoup dautres,