74
TURCOT
la vente ou du louage est toujours juste quand lavolonté des deux parties a été libre et qu’il n’y aeu de fraude ni de la part de l’une, ni de la part del’autre. Ces principes sont avoués de tout le mondequand il s’agit de toute autre chose que de l’argent;pourquoi 11e seraient-ils pas applicables à l’argentcomme à toute autre chose? Et si l’on dit que c’estle besoin qui force l’emprunteur à se soumettreaux conditions de son prêteur, ne pourrait-on pasrépondre que c’est aussi le besoin qui force unhomme à prendre du pain chez un boulanger. Leboulanger en est-il moins en droit de recevoir leprix du pain qu’il vend, et l’acheteur peut-il s’em-parer du pain du boulanger sans en avoir payé leprix ?
Les scolastiques sont partis, pour combattre leprêt à intérêt, d’un raisonnement qu’on dit être dansAristote; et, sous prétexte que l’argent ne produitpas d'argent, ils en ont conclu qu’il n’était pas permisd’en retirer par la voie du prêt. La prétendue stéri-lité de l’argent n’est qu’une erreur palpable fondéesur une misérable équivoque. Ceux qui la soutien-nent et la répandent, oublient que l’argent est l’in-strument nécessaire de toutes les entreprises agri-coles, industrielles et commerciales; que, quoiqu’onle prétende stérile, il est, chez tous les peuples dumonde, l’équivalent non seulement de toutes lesmarchandises, de tous les effets qu’on pourrait peut-être appeler stériles, mais encore des fonds de terre,qui produisent cependant un revenu très réel.