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Turgot / par Léon Say
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TURCOT

cipal à celui qui lui a prêté de largent, lemprun-teur lui donne plus que ce quil a reçu; et lon enconclut à linjustice. Ce raisonnement suppose quelargent reçu aujourdhui et largent qui doit êtrerendu dans un an sont deux choses parfaitementégales. Ny a-t-il pas au contraire entre ces deuxvaleurs une inégalité, une différence qui est notoire,et le proverbe trivial, « un tiens vaut mieux quedeux tu lauras », nest-il pas lexpression naïve decette notoriété ?

Enfin le dernier argument contre la légitimité duprêt à intérêt est tiré de lEcriture sainte. On litdans lÉvangile de saint Luc : « Mutuum date, nihilinde sperantes (Prêtez sans en espérer aucun avan-tage) ». Des gens de bon sens nauraient vu dans cepassage quun précepte de charité, et il serait impos-sible dinterpréter le texte autrement si on le remet-tait à sa place dans la phrase d il a été tiré :« Yerum tamen diligite inimicos vestros, benefa-cite, et mutuum date nihil inde sperantes , et eritmerces vestra multa et eritis lilii Altissimi, quia ipsebenignus est super ingratos et malos (Aimez vosennemis, soyez bienfaisants et prêtez sans en espé-rer aucun avantage, et votre récompense sera grandeet vous serez les fils du Très Haut, parce que lui-même fait du bien aux ingrats et aux méchants) ».Pour Turgot, tout homme qui lira ce texte sans pré-vention y verra un précepte de charité. Le vraisens du passage nest pas autre que sil avait étédit : Comme hommes, comme chrétiens, vous êtes