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TURGOT
faitement décidé à le faire par toutes sortes de raisons,dont quelques-unes étaient loin d’être honnêtes, ille communiqua aux intendants et leur demanda leuravis.
C’est à cette occasion que Turgot écrivit seslettres célèbres sur la liberté du commerce desgrains. Il les improvisa au cours de sa tournée, enfaisant le département comme on disait alors, c’est-à-dire la répartition de l’impôt entre les élections ,les subdélégations et les communes. On était en hiver,il faisait froid dans la montagne; les gîtes étaientrares et mauvais. C’est en voyageant dans des con-ditions fort pénibles, surtout pour un homme sujetaux rhumatismes et à la goutte, qu’il les écrivit aucourant de la plume. Rien n’est plus surprenant quela facilité avec laquelle notre intendant put acheverdans des circonstances si peu favorables un travailqui est devenu classique et dans lequel toutes lesquestions, posées avec une clarté qui ne laisse rien àdésirer, sont résolues par le bon sens, au profit de laliberté, avec une logique irréfragable. Ces fameuseslettres, au nombre de sept, sont datées, la premièrede Limoges le 30 octobre, la seconde de Tulle le8 novembre, la troisième d’Egleton le 10 novembre,la quatrième d’Egleton le 11 et de Bort le 13 novem-bre, la cinquième de Saint-Angel le 14 novembre, lasixième d’Angoulême le 27 novembre et la septièmeet dernière de Limoges le 7 décembre 1770. Il y ena malheureusement trois qui ont été perdues; ellesont été remises à Louis XVI par Turgot lui-même,