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TURGOT
des fruits. Dans de semblables conditions, l’intérêtdu cultivateur ne pouvait être différent de celui dupropriétaire, et la liberté du commerce, qui, dansl’idée de Terray, devait servir à l’un, ne pouvait faireque du bien à l’autre. Turgot espérait que l’amé-lioration de leur situation permettrait aux misérablesmétayers de son temps de sortir par degrés de leurmisère, de se former peu à peu un petit capital debestiaux et de se transformer en fermiers, c’est-à-dire de payer à leur propriétaire un loyer déter-miné.
Cette transformation aurait eu, suivant lui, pourconséquence d’égaler la culture des provinces lesplus arriérées à celle des parties les plus riclics dela Normandie, de la Picardie et de l’Ile-de-France.« Et quand le système de la liberté ne devrait, dit-il,produire d’autre avantage que celui d’égaler la cul-ture de ces provinces à celle des provinces actuelle-ment exploitées en grande culture; quand le revenuet la culture de celles-ci ne devraient pas être aussifort augmentés, pourriez-vous vous dissimuler l’im-mense avantage que cette révolution seule apporte-rait à l’Etat, l’immense accroissement des revenuset des subsistances, et ne pas voir ce que la cultureen général gagne à la liberté ? »
Turgot consacrait sa dernière lettre à discuterl’intérêt des consommateurs, que Terray s’imaginaitêtre lésés par la suppression des gênes de l’anciennepolice; il reproduisait et développait dans cettelettre tous les arguments qu’il avait déjà invoqués