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et elle avait été séduite par ses idées. Aussi, quandson mari eut été fait premier ministre, insista-t-ellevivement auprès de lui pour qu’il fît entrer dans leministère un homme dont le génie et la probité luiavaient inspiré une profonde estime.
La duchesse d’Enville appartenait de cœur etd’âme aux philosophes et aux économistes, qu’ellerecevait dans son beau château de la Roche-Guyon.Elle était passionnée pour la liberté du commercedes blés et ne fut épargnée ni par les satires, nipar les chansons, ni même par les caricatures,sous lesquelles les gens de la cour et du Parlementne cessaient d’accabler les nouveaux réformateurs.Elle appartenait à la famille des La Rochefoucauld, àlaquelle le comte de Maurepas était très lier d’êtreallié. Elle lui recommanda Turgot avec beaucoupd’instances au moment même où la comtesse de Mau-repas et Ycry le lui recommandaient également.
C’est ainsi que Turgot devint ministre, non paspeut-être appelé par l’opinion publique, comme onTa dit, car il n’y avait pas à proprement parler d’opi-nion publique, ou du moins elle ne faisait que denaître, mais désigné par ses admirateurs et ses amisà un premier ministre tout-puissant.
Ce fut une grande joie dans le camp des écono-mistes et des encyclopédistes, suivie pourtant d’undésappointement assez vif quand on apprit que, s’ilétait vrai que Turgot fût ministre, c’était à la marineet non pas aux finances qu’on l’avait placé.
« Ce choix a l’approbation générale, écrit Mercy