LE LIT DE JUSTICE
159
une entrave à l’exercice d’un droit que l’école libéralea toujours revendiqué dans les temps modernes. Maisil faut bien reconnaître que Turgot, le jour où il asupprimé les maîtrises et les jurandes, n’avait ni lapensée ni la prétention de légiférer sur le droit de réu-nion et d’association. Il avait voulu simplement rame-ner les corporations au droit commun de leur temps,et le droit commun de l’époque, en France, ne com-portait ni le droit d’association, ni le droit de réunion.
La recherche d’une conciliation entre le droit pourles particuliers de se constituer en associations etle droit pour l’État de se protéger contre ce qu’ona appelé un Etat dans l’Etat, est un problème toutnouveau. Turgot n’avait pas à se préoccuper en177(1 d’une question qui n’était pas née, et d’ailleurssi, prévoyant l’avenir, il avait cherché à la résoudre,serait-il bien coupable de n’y avoir pas réussi? C’estun problème qui, depuis cent ans, fait en France lapréoccupation la plus constante des hommes d’Etatde tous les partis. Nous avons eu des gouvernementsfondés sur le principe de l’autorité, et d’autres, fondéssur le principe de la liberté. Les seconds n’ont pasdonné sur ce point aux idées libérales plus de satis-faction que les premiers ; et les lois sur la libertéd’association sont toujours à faire. Les droits desassociations et ceux de l’État ne cessent d’êtreopposés les uns aux autres. La discussion est tou-jours ouverte, et l’on n’est pas. encore parvenu àtrouver la formule qui les garantisse respectivementsans asservir les citoyens, ou désarmer l’État.